La Grande mouche de mai

La Grande éphémère, alias la Granche mouche de mai, sur une fleur de tulipe / Un jardin dans le Marais poitevin.Elle n’aura pas profité du jardin bien longtemps. La Grande Mouche de mai s’est posée sur sur une tulipe puis sur l’herbe pour mourir tranquille.

La Grande éphémère, alias la Grande Mouche de mai / Un jardin dans le Marais poitevin.Son histoire est très comparable à celle du Sialis de la vase. En plus expéditif. Et le vol en prime. La Grande éphémère (Ephemera danica), alias la Grande mouche de mai, comme l’appellent les pêcheurs, n’abandonne en effet son état larvaire que pour l’ivresse des grands ballets aériens au cours desquels a lieu « la grande affaire » !

La femelle meurt sitôt la ponte au fil de l’eau et le mâle attend la fin dans une sorte de paisible indolence. C’est sans doute le lot de celui-ci. Les pattes avant redressées, l’abdomen arqué, prolongé de trois longs cerques, il est comme endormi sur une fleur de tulipe.

Un coup de vent et le voilà sur le trèfle du jardin. Fortement nervurées, tachées de brun, ses longues ailes avant dominent largement les petites ailes arrière. Même dérangé, le coeur n’y est pas ! Il se déplace à peine, sans un battement d’ailes dont le poids finit par le renverser. Il se redresse mollement et reprend sa posture. C’est sans doute son heure. Sous le soleil, un après-midi d’avril.

En savoir plus sur la Grande éphémère avec le site quelestcetanimal.com

Mouche de mai, pattes avant redressées, abdomen arqué / Un jardin dans le Marais poitevin.

Plus petite et plus sombre, l’Éphémère à trois filets et ailes tachetées (Ephemera vulgata) au pause sur la pointe d’un Orchis pyramidal.

 

L’Andrène cendré

Andrène cendré sur fleur de mirabellier, mars 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Pourpoint de fourrure noire et grise sur le dos, l’Andrène cendré est à la fête sur les fruitiers en fleurs. Et les pissenlits bien-sûr !

Andrène cendré, pattes arrière chargées de pollen / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 14 mm. Visible de mars à juin.

Vivent les abeilles sauvages ! Dans l’actuelle effervescence des arbres fruiters, particulièrement du mirabellier, elles sont assurément les plus nombreuses. Et les plus variées.

En voici une aisément qui ne passe guère inaperçue. Active parmi les actives. L’Andrène cendré (Andrena cineraria) devient vite familier, aisément identifiable à l’abondante fourrure de son thorax. Un large bandeau noir entre deux bandes claires aux nuances gris argenté. Avec un toupet frontal assorti.

La pilosité est plus clairsemée sur l’abdomen dont les reflets métalliques légèrement bleutés scintillent au soleil. Et celle des pattes arrières – il s’agit ici d’une femelle – constitue de véritables brosses qui ne tardent pas à se charger de pollen de fleur en fleur.

Mais, pour être généreuse, la floraison du mirabellier, hélas, ne dure qu’un temps. Celle des pissenlits se renouvelle tout le printemps. Leurs éclatants capitules font open bar jusque dans les allées du jardin… L’Andrène cendré ne s’en prive pas. Même le petit mâle. Il n’a certes pas de nurserie à alimenter mais comment résister à un bain de pollen ?

On se demande parfois quelles fleurs semer ou planter pour attirer les abeilles. Si elles pouvaient parler, elles nous diraient sans doute de laisser libre cours aux pissenlits. Tout simplement !

Andrène cinéraire, mâle, sur capitule de pissenlit.

Un peu gringalet, la fourrure ici en bataille, toute poudrée de pollen, Monsieur Andrène cendré ne prend pas part à l’alimentation du couvain. N’empêche, il prend des forces pour mieux tenir sa mission toute simple : copuler et mourir !

Mars. Amours printanières parmi les fleurs du mirabellier. L’affaire faite, Madame reprend le butinage, traînant derrière elle le « petit monsieur » . Elle ne tardera pas à l’éjecter d’un coup de rein !

En savoir plus :

  • Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, 2019, Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions / Métive.
  • Abeilles sauvages, Boyer, 2015, Ulmer.
  • Découvrir et protéger nos abeilles sauvages, Vereecken, 2018, Glénat.
  • L’Andrène cendré, alias l’Abeille des sables, avec le site quelestcetanmal.com

Photos JF Irastorza 

 

Tout ça pour ça !

Sialis de la vase, sur le dossier d'une chaise du jardin, début avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sitôt la métamorphose et la copulation, le Sialis de la vase se laisse aller. A quoi bon vivre désormais ? Il lui faudrait peut-être un psy.

Sialis de la vase sur feuille d'ortie au bord d'un fossé, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.Il est comme prostré, ici sur le dossier d’une chaise du jardin, là sur une feuille d’ortie. A peine sorti de la Sèvre toute proche et c’est déjà presque la fin pour le Sialis de la vase. Larve encore voilà peu, il s’est métamorphosé en ce bel insecte aux ailes magnifiques. Disposées en toiture. Comme une verrière fumée aux allures Art nouveau.

Las ! Pour être séduisantes, ses deux paires d’ailes semblent plutôt l’encombrer lorsqu’il prend son envol. Piètre voilier bringuebalé au moindre coup de vent ! Il ne vole d’ailleurs jamais bien loin. A quoi bon. Car le seul et unique but de sa courte existence, c’est de trouver l’âme soeur. Au plus vite. Une histoire qui rappelle celle de la Grande éphémère.

L’extase et la ponte ont lieu sur les herbes du rivage. Les larves se mettront bientôt à l’eau pour deux ans. A se repaître de petits invertébrés. Passée la « grande affaire », sa mission accomplie, le Sialis de la vase n’a alors plus goût à rien. Pas même à manger. Une sorte de profond et fatal spleen. Tout ça pour ça !

Découvrir d’autres insectes du jardin

Sialis de la vase sur brin d'herbe au bord d'un fossé, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.