Lumineuse Mégère !

La Mégère sur Menthe sauvage.

Quitte à évoquer une déesse, la lumineuse Mégère – femelle du Satyre – aurait mérité une référence mythologique plus amène…

Déesse sans doute mais quelle ! Mégère figure parmi les redoutables Érinyes des grecs et les cruelles Furies des romains, en charge du châtiment des criminels.

Une exception parmi les papillons. Madame et Monsieur ne portent pas le même nom populaire. La Mégère pour elle. Le Satyre pour lui. Reste qu’une même appellation latine met tout le monde d’accord : Lasiommata megera. Quoiqu’il en soit, plutôt habitués aux milieux secs, les voilà malgré tout dans le marais. Sur une prairie humide proche du jardin.

Elle en l’occurence. La Mégère est en effet facile à identifier, avec sa lumineuse dominante orangée finement marbrée de brun. Le décor du Satyre est plus lourd, autour d’une large bande brune barrant un épais réseau de marquetterie.

Mâle et femelle se retrouvent cependant avec une série d’ocelles noirs pupillés de blanc, un aux antérieures, quatre aux postérieures. Mais c’est davantage le revers des ailes qui les rassemblent.

On y retrouve les zébrures de Madame aux antérieures et, surtout, une délicate broderie aux postérieures, faite de lignes brisées et de mouchetures, mêlant brun, orange et fauve. Le tout est rehaussé d’un chapelet de sept ocelles triplement cerclés. À vérifier au hasard d’une prochaine rencontre avec Monsieur !

Sources :

La Mégère sur Menthe sauvage.

Un ocelle noir pointé de blanc aux antérieures, quatre aux postérieures : deux moyens au centre, un petit de part et d’autre. Les lignes sinueuses pourraient évoquer les serpents dont étaient coiffés Mégère et ses acolytes dans la mythologie grecque.

Mi septembre 2021. Une mauvaise photo du Satyre… En attendant mieux !

Un cousin, le Tircis, dont le décor marqueté rappelle celui du Satyre.

 

La Noctuelle des tomates

Plusie calcite sur feuille de tomate.

Une noctuelle mordorée à la silhouette un peu cabossée. Les chenilles de la Plusie chalcite apprécie le feuillage des tomates. Mais pas que !

Plusie chalcite sur feuille de tomate.

Au premier abord, on jurerait sa cousine, la Noctuelle goutte-d’argent. Mais l’allure générale de la Plusie chalcite (Chrysodeixis chalcites) est moins tristounette. Avec une dominante mordorée mêlant mille et une nuances de roux et de jaune orangé. Et puis, il y a ces fameuses marques blanches !

La disposition est la même, au centre des ailes antérieures, avec l’axe desquelles elles forment un angle de 45°. Mais au lieu d’une “coulure” continue d’argent en fusion, plutôt ici deux taches disjointes. Tout aussi argentées il est vrai.

Au repos, les ailes sont repliées en bâtière, ceintes à l’avant d’une haute collerette de soies hérissées en V. Juste au-dessus de la petite tête dorée.

Ce n’est pas un hasard si elle est surprise là sur la planche des tomates. Car si les chenilles vertes de la Plusie chalcite apprécient la ronce des haies, elles sont aussi familière du potager. Hélas. Tomates donc, également basilic, aubergines, poivrons, concombres… Pas sournoisement au niveau des racines comme le « vers gris » de certaines noctuelles mais directement sur le feuillage. Mais aussi les fruits. Les ravages peuvent être importants en cas d’invasion. Surveillance et ramassage permettent cependant d’en limiter les dégâts.

Sources :

Plusie chalcite sur feuille de tomate.

Deux taches blanc argenté bien disjointes, au centre des ailes antérieures, formant un angle de 45° avec l’axe de celles-ci.

Noctuelle goutte-d'argent sur feuille de tomate.

À deux pas de là, sur un autre pied de tomates, la Noctuelle goutte-d’argent, dont la livrée, moins lumineuse, présente une tache blanche en forme de “coulure”. À noter également, à l’avant, une collerette en V assez comparable.

Noctuelle gamme sur Sauge toute-bonne.

Une autre cousine dotée d’une marque blanche au centre des ailes : La Noctuelle gamma, ici sur la Sauge toute-bonne, doit justement son nom à ladite marque qui évoque la forme de la lettre grecque.

 

L’araignée Xystique

Araignée Xystique et Punaise arlequin.

Fatale rencontre pour le Graphosome italien, familier des ombellifères.

La sombre et sobre livrée de l’araignée Xystique : sans les couleurs et la fantaisie de la plupart des araignées-crabes.

Araignée Xystique et Téléphore moine.

Le Téléphore moine surpris en pleine escalade d’une graminée.

Avec les deux longues paires de pattes avant écartées lorsqu’elle est l’affût. Puis vivement rabattues pour enserrer la proie. Voilà une araignée-crabe de la famille des Thomises. Mais l’araignée Xystique n’a pas l’éclat laiteux du Thomise variable. Ni l’originalité du décor de son cousin le Thomise Napoléon !

À vrai dire, le genre Xysticus rassemble plusieurs espèces bien difficiles à distinguer. Sauf quelques points communs. Ainsi une dominante plutôt sombre. Notamment sur le dessus de l’abdomen où une ligne, voire des pointillés brun foncé marquent la lisière de flancs généralement fauves. 

Sur cette base, le décor minimaliste se résume à quelques lignes ou chevrons clairs, parfois à peine perceptibles. Enfin, sur le dessus du thorax, un triangle plus ou moins foncé s’inscrit dans un rectangle clair, la pointe généralement bien visible orientée vers l’abdomen.

Coléoptères, syrphes, abeilles ou papillons… La visite des ombellifères notamment peut ainsi être fatale. Tant l’araignée Xystique a l’art du patient camouflage. Et, surtout, la détente infaillible pour tout ce qui passe à sa portée.

Sources :

Araignée Xystique et Cétoine à tarière.

La petite Cétoine à tarière n’a même pas eu le temps de réagir.

Araignée Xystique et Chloromyie agréable.

Les deux pattes avant enserrent la Chloromyie agréable pour l’imparable baiser de la mort.

Quelques autres “araignées-crabes” du jardin. Ici le Thomise Napoléon avec le dessin de la silhouette impériale sur l’abdomen….

Le Thomise variable peut être d’un éclatant blanc laiteux …

… ou d’un vif jaune citron.

Le Thomise enflé. Blanc, vert, rose violacé, il est reconnaissable à la forme anguleuse de l’abdomen. La tête présente également deux tubercules portant les yeux latéraux.