Le fardeau du Méloé

Méloé agrippé à une tige de Lierre terrestre, courts élytres et volumineux abdomen / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sacrée bedaine ! Si le Méloé est bien incapable de voler, ses larves pratiquent un covoiturage funeste pour les abeilles qui les transportent…

Méloé, femelle / Un jardin dans le Marais poitevin.Un coup d’oeil trop rapide peut le faire passer pour un staphylin, l’équarrisseur du jardin. Mais le Méloé n’en a pas le tonus ! Il serait bien incapable de redresser son abdomen tel un scorpion pour impressionner un importun. C’est plutôt comme un fardeau qu’il traîne. Surtout ici la femelle, chargée de milliers d’oeufs.

Méloé, femelle / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 35 mm (femelle). Visible d’avril à juillet.

Les petites larves grimperont sur les fleurs sauvages, notamment de pissenlit, non pour s’en repaître mais pour « sauter » sur les abeilles de passage. En particulier les anthophores dont l’abondante fourrure permet de bien s’accrocher. Jusqu’au nid. Et là, oeufs, miel, pollen… Bombance !

Indolent, le Méloé ne peut guère compter sur la fuite, ni la contre-attaque, en cas de dérangement. Mais il sait très bien faire le mort. Un liquide huileux, toxique et répulsif, suinte alors de certaines de ses articulations. Une dissuasion à peu de frais avant de reprendre tranquillement son chemin.

Le temps d’apprécier ses reflets bleutés, la fine ponctuation de ses courts élytres et de son thorax, ses puissantes mandibules. Et le chapelet de ses antennes.

Méloé femelle faisant "la morte", avec émission d'une substance huileuse jaunâtre, toxique et répulsive, à l'articulation des pattes médianes / Un jardin dans le Marais poitevin.

Quand on ne peut ni s’envoler, ni s’enfuir, le meilleur moyen de défense est encore de faire le mort !

En savoir plus : 

  • Coléoptères d’Europe, Vincent Albouy et Denis Richard, 2017, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photo des insectes, Heiko Bellmann, 2019, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, JF Irastorza, 2026, La Geste éditions.
  • Le genre meloe avec le site aramel.free.fr
  • Meloe violaceus avec la galerie du Monde des insectes

Photos JF Irastorza 

 

Le drap mortuaire

Drap mortuaire, sur pétale de tulipe, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sauf prolifération, la Cétoine grise, alias le drap mortuaire, est utile au potager où ses larves participent à la décomposition du compost.

Taille maxi : 14 mm. Visible d’avril à septembre.

Les noms populaires de la Cétoine grise (Oxythyrea funesta) ne sont guère engageants. La funeste. Et même le drap mortuaire !  Il est vrai que la livrée est assez tristounette. Ses quelques reflets bronze et sa constellation de taches claires évoquent les ornements funéraires de jadis. 

Pas de quoi rivaliser avec sa cousine, l’éclatante Cétoine dorée. Seule petite coquetterie : des tirets blanc crème disposés en deux lignes caractéristiques sur le thorax.

Comme toutes les cétoines, le drap mortuaire aime les fleurs. Mais il a une manière très particulière de butiner nectar et pollen : il broute ! Alors, comme à toutes les cétoines, on lui prête parfois quelque ravage… Rien d’inquiétant toutefois pour quelques individus isolés. Sinon pas d’autre solution que le ramassage. Heureusement, il est facile à voir et à « cueillir » lorsqu’il est à table !

Quelques fleurs malmenées ? La Cétoine grise vous les rendra au centuple en installant sa progéniture dans votre tas de compost. Ses larves y « digéreront » les matières organiques. Et le compost n’en sera que meilleur.

Drap mortuaire sur fleur de poirier, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sur la forêt d’étamines de la ronce commune.

Plongée parmi les fleurs tubulaires de la Centaurée jacée.

Brève visite sur la Sauge argentée dont l’abord poisseux ne semble pas lui convenir.

La Cétoine grise s’est dressée pour rassembler une brassée d’étamines : la dégustation de pollen peut commencer sur l’inflorescence de phacélie !

Dédaignant le pollen, ici c’est le nectar de la Cardamine des prés qui l’intéresse !

Contorsions au creux d’une corolle de bouton d’or pour en atteindre le nectar.

En savoir plus : 

  • Coléoptères d’Europe, 2017, Vincent Albouy et Denis Richard, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photo des insectes, 2019, Heiko Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • Oxythyrea funesta avec la galerie du site insecte.org
  • La Cétoine grise avec le site quelestcetanimal.com

Photos JF Irastorza

 

Fourmis et pucerons

Fourmis et pucerons, comme le berger et son troupeau / Un jardin dans le Marais poitevin.

Le tandem infernal du printemps. Fourmis et pucerons renouvellent leur étrange alliance sur les pieds de fèves en fleurs.

Fourmis et pucerons, une protection intéressée / Un jardin dans le Marais poitevin.Bien-sûr, on peut compter sur les larves de Syrphes et de Coccinelles. Elles sont efficaces lorsqu’elles interviennent très tôt sur les colonies naissantes de pucerons. Mais quand les fourmis s’en mêlent, avec l’avantage du nombre et de l’organisation, il est souvent trop tard.

C’est le cas ce matin sur un pied de fèves. Un grand classique. Des centaines de pucerons noirs. La prolifération va bon train. Pas de prédateurs à l’horizon. Et pour cause ! Une dizaine de fourmis veillent au grain. Elles vont et viennent. Comme autant de bergers qui rassemblent et protègent le troupeau.

Une protection intéressée à vrai dire. Car, en retour, les fourmis attendent du miellat, cette excrétion sucrée que les pucerons produisent à foison après avoir sucé la sève des fèves. Alors, quand le troupeau est bien en mains, reste à le traire. Inlassablement. Quelques tapotements d’antennes bien placés et il n’y a qu’à se servir…

Il est temps de stopper ce jeu de maîtres à esclaves qui aurait tôt fait d’envahir tout le pied puis, de proche en proche, la planche de fèves. Aujourd’hui, seul un rameau est infesté. Il suffit de le sacrifier et de le brûler. Pour le reste, vigilance, vigilance !

Fourmis et pucerons, le troupeau est bien en main, il n'y a plus que le "traire" / Un jardin dans le Marais poitevin.

Quelques prédateurs :

La Malachie à deux taches apprécie le pollen autant que les petits insectes de rencontre, dont les pucerons.

Téléphore fauve sur feuille de marguerite / Un jardin dans le Marais poitevin.

Le Téléphore fauve est parfois envahissant au jardin. Tant mieux. Comme ses larves, il est friand de pucerons.

Larve de coccinelle asiatique et pucerons / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sa réputation n’est plus à faire : la larve de coccinelle a bel appétit !

Chrysope commune (Chrysopa perla).

La Chrysope commune n’a pas usurpé son surnom : le Lion des pucerons !

L'artichaut et le syrphe : ponte.

Syrphe ceinturé en ponte sur une tête d’artichaut. Ses larves sont grandes consommatrices de pucerons.

En savoir plus :

Photos JF Irastorza