La Grande mouche de mai

La Grande éphémère, alias la Granche mouche de mai, sur une fleur de tulipe / Un jardin dans le Marais poitevin.Elle n’aura pas profité du jardin bien longtemps. La Grande Mouche de mai s’est posée sur sur une tulipe puis sur l’herbe pour mourir tranquille.

La Grande éphémère, alias la Grande Mouche de mai / Un jardin dans le Marais poitevin.Son histoire est très comparable à celle du Sialis de la vase. En plus expéditif. Et le vol en prime. La Grande éphémère (Ephemera danica), alias la Grande mouche de mai, comme l’appellent les pêcheurs, n’abandonne en effet son état larvaire que pour l’ivresse des grands ballets aériens au cours desquels a lieu « la grande affaire » !

La femelle meurt sitôt la ponte au fil de l’eau et le mâle attend la fin dans une sorte de paisible indolence. C’est sans doute le lot de celui-ci. Les pattes avant redressées, l’abdomen arqué, prolongé de trois longs cerques, il est comme endormi sur une fleur de tulipe.

Un coup de vent et le voilà sur le trèfle du jardin. Fortement nervurées, tachées de brun, ses longues ailes avant dominent largement les petites ailes arrière. Même dérangé, le coeur n’y est pas ! Il se déplace à peine, sans un battement d’ailes dont le poids finit par le renverser. Il se redresse mollement et reprend sa posture. C’est sans doute son heure. Sous le soleil, un après-midi d’avril.

En savoir plus sur la Grande éphémère avec le site quelestcetanimal.com

Mouche de mai, pattes avant redressées, abdomen arqué / Un jardin dans le Marais poitevin.

Plus petite et plus sombre, l’Éphémère à trois filets et ailes tachetées (Ephemera vulgata) au pause sur la pointe d’un Orchis pyramidal.

 

Le Compagnon blanc

Le Compagnon blanc, fleur mâle, étamines à peine visibles à l'entrée du tube nectarifère / Un jardin dans le Marais poitevin.

Le Compagnon blanc ne compte guère sur les pollinisateurs habituels. C’est à la tombée du jour qu’il sort le grand jeu. Pour les papillons de nuit.

Compagnon blanc au pied d'une haie / Un jardin dans le Marais poitevin.Cinq pétales blancs échancrés à la manière de la Stellaire holostée. Si elle n’a pas la prestance de sa voisine des haies, le Silène latifolia – alias le Compagnon blanc – a une sexualité autrement plus complexe !

Il est vrai qu’étamines et styles ne cohabitent pas. Fleurs mâles et femelles doivent ainsi impérativement s’en remettre aux pollinisateurs.

Ce handicap étant, la belle ne prend aucun risque face à la concurrence. Elle sait bien qu’elle ne fait guère le poids sous le soleil. Malgré la délicate collerette marquant l’entrée du tube nectarifère. Elle Compagnon blanc, fleur femelle avec styles émergeant du tube nectarifère / Un jardin dans le Marais poitevin.attend donc le crépuscule pour s’épanouir pleinement et commencer sa production de nectar. Mais également d’enivrant parfum. L’arme suprême pour attirer les papillons de nuit ! 

La fructification du Compagnon blanc est bien connue des enfants : des petites capsules brunes bordées d’une couronne dentelée. Et bourrées de graines. Au choix : des maracas miniatures ou des sifflets du plus bel effet. Avec un peu d’entraînement bien-sûr.

Fruit du Compagnon blanc, petite capsule dentée / Un jardin dans le Marais poitevin.

 

L’Andrène cendré

Andrène cendré sur fleur de mirabellier, mars 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Pourpoint de fourrure noire et grise sur le dos, l’Andrène cendré est à la fête sur les fruitiers en fleurs. Et les pissenlits bien-sûr !

Andrène cendré, pattes arrière chargées de pollen / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 14 mm. Visible de mars à juin.

Vivent les abeilles sauvages ! Dans l’actuelle effervescence des arbres fruiters, particulièrement du mirabellier, elles sont assurément les plus nombreuses. Et les plus variées.

En voici une aisément qui ne passe guère inaperçue. Active parmi les actives. L’Andrène cendré (Andrena cineraria) devient vite familier, aisément identifiable à l’abondante fourrure de son thorax. Un large bandeau noir entre deux bandes claires aux nuances gris argenté. Avec un toupet frontal assorti.

La pilosité est plus clairsemée sur l’abdomen dont les reflets métalliques légèrement bleutés scintillent au soleil. Et celle des pattes arrières – il s’agit ici d’une femelle – constitue de véritables brosses qui ne tardent pas à se charger de pollen de fleur en fleur.

Mais, pour être généreuse, la floraison du mirabellier, hélas, ne dure qu’un temps. Celle des pissenlits se renouvelle tout le printemps. Leurs éclatants capitules font open bar jusque dans les allées du jardin… L’Andrène cendré ne s’en prive pas. Même le petit mâle. Il n’a certes pas de nurserie à alimenter mais comment résister à un bain de pollen ?

On se demande parfois quelles fleurs semer ou planter pour attirer les abeilles. Si elles pouvaient parler, elles nous diraient sans doute de laisser libre cours aux pissenlits. Tout simplement !

Andrène cinéraire, mâle, sur capitule de pissenlit.

Un peu gringalet, la fourrure ici en bataille, toute poudrée de pollen, Monsieur Andrène cendré ne prend pas part à l’alimentation du couvain. N’empêche, il prend des forces pour mieux tenir sa mission toute simple : copuler et mourir !

Mars. Amours printanières parmi les fleurs du mirabellier. L’affaire faite, Madame reprend le butinage, traînant derrière elle le « petit monsieur » . Elle ne tardera pas à l’éjecter d’un coup de rein !

En savoir plus :

  • Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, 2019, Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions / Métive.
  • Abeilles sauvages, Boyer, 2015, Ulmer.
  • Découvrir et protéger nos abeilles sauvages, Vereecken, 2018, Glénat.
  • L’Andrène cendré, alias l’Abeille des sables, avec le site quelestcetanmal.com

Photos JF Irastorza