Tout ça pour ça !

Sialis de la vase, sur le dossier d'une chaise du jardin, début avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sitôt la métamorphose et la copulation, le Sialis de la vase se laisse aller. A quoi bon vivre désormais ? Il lui faudrait peut-être un psy.

Sialis de la vase sur feuille d'ortie au bord d'un fossé, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.Il est comme prostré, ici sur le dossier d’une chaise du jardin, là sur une feuille d’ortie. A peine sorti de la Sèvre toute proche et c’est déjà presque la fin pour le Sialis de la vase. Larve encore voilà peu, il s’est métamorphosé en ce bel insecte aux ailes magnifiques. Disposées en toiture. Comme une verrière fumée aux allures Art nouveau.

Las ! Pour être séduisantes, ses deux paires d’ailes semblent plutôt l’encombrer lorsqu’il prend son envol. Piètre voilier bringuebalé au moindre coup de vent ! Il ne vole d’ailleurs jamais bien loin. A quoi bon. Car le seul et unique but de sa courte existence, c’est de trouver l’âme soeur. Au plus vite. Une histoire qui rappelle celle de la Grande éphémère.

L’extase et la ponte ont lieu sur les herbes du rivage. Les larves se mettront bientôt à l’eau pour deux ans. A se repaître de petits invertébrés. Passée la « grande affaire », sa mission accomplie, le Sialis de la vase n’a alors plus goût à rien. Pas même à manger. Une sorte de profond et fatal spleen. Tout ça pour ça !

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Sialis de la vase sur brin d'herbe au bord d'un fossé, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

 

Le Myosotis des champs

Myosotis des champs, enroulement des boutons de la grappe florale / Un jardin dans le Marais poitevin.

Pour le moins modeste le Myosotis des champs ! Il déploie ses fleurs presqu’en douce. Une à une. Des corolles charmantes. Mais si petites.

Myosotis des champs : des fleurs bleues deux fois plus petites que celles du Myosotis des marais / Un jardin dans le Marais poitevin.En bord de Sèvre et de fossés, il faudra attendre quelque temps avant de voir fleurir celui des marais. Plus précoce, le Myosotis des champs commence à dérouler sa floraison. Comme le veut la loi du genre, il a en effet une manière singulière de s’épanouir.

Lorsqu’une première fleur apparaît, au sommet de la tige ou d’un de ses rameaux, elle ouvre la voie à une grappe de minuscules boutons, enroulés en une crosse très resserrée. Fleur après fleur, le serpentin se déploie alors et se dresse progressivement. D’abord rosées, les corolles au coeur jaune blanchissent pour virer rapidement au bleu le plus souvent pâle, parfois plus soutenu. Des lilliputiennes. Deux fois plus petites que leurs cousines des marais.

Naturellement familier des prairies, le Myosotis des champs a aussi ses habitudes au bord de la ruelle derrière la maison. Elle y côtoie la Bourse-à-pasteur et le Mouron des oiseaux comme la Cardamine hérissée et la Drave printanière. Autant de sauvageonnes à la modeste floraison parmi lesquelles la Violette et l’Herbe-à-Robert feraient presque figures de prétentieuses !

En savoir plus sur le Myosotis des champs sur le site abris.snv.jussieu.fr

Myosotis des champs : rosées à l'éclosion du bouton, les minuscules fleurs sont le plus souvent bleu-pâle / Un jardin dans le Marais poitevin.

Plus que les pieds dans l’eau ! Son feuillage lui-même ne craint pas d’être immergé lors des crues de printemps. Les grandes nappes du Myosotis des marais semblent flotter au bord des fossés. Et jusque sur les rives de la Sèvre, là où les souches basses des aulnes le protègent du courant.

 

Le fardeau du Méloé

Méloé agrippé à une tige de Lierre terrestre, courts élytres et volumineux abdomen / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sacrée bedaine ! Si le Méloé est bien incapable de voler, ses larves pratiquent un covoiturage funeste pour les abeilles qui les transportent…

Méloé, femelle / Un jardin dans le Marais poitevin.Un coup d’oeil trop rapide peut le faire passer pour un staphylin, l’équarrisseur du jardin. Mais le Méloé n’en a pas le tonus ! Il serait bien incapable de redresser son abdomen tel un scorpion pour impressionner un importun. C’est plutôt comme un fardeau qu’il traîne. Surtout ici la femelle, chargée de milliers d’oeufs.

Méloé, femelle / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 35 mm (femelle). Visible d’avril à juillet.

Les petites larves grimperont sur les fleurs sauvages, notamment de pissenlit, non pour s’en repaître mais pour « sauter » sur les abeilles de passage. En particulier les anthophores dont l’abondante fourrure permet de bien s’accrocher. Jusqu’au nid. Et là, oeufs, miel, pollen… Bombance !

Indolent, le Méloé ne peut guère compter sur la fuite, ni la contre-attaque, en cas de dérangement. Mais il sait très bien faire le mort. Un liquide huileux, toxique et répulsif, suinte alors de certaines de ses articulations. Une dissuasion à peu de frais avant de reprendre tranquillement son chemin.

Le temps d’apprécier ses reflets bleutés, la fine ponctuation de ses courts élytres et de son thorax, ses puissantes mandibules. Et le chapelet de ses antennes.

Méloé femelle faisant "la morte", avec émission d'une substance huileuse jaunâtre, toxique et répulsive, à l'articulation des pattes médianes / Un jardin dans le Marais poitevin.

Quand on ne peut ni s’envoler, ni s’enfuir, le meilleur moyen de défense est encore de faire le mort !

En savoir plus : 

  • Coléoptères d’Europe, Vincent Albouy et Denis Richard, 2017, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photo des insectes, Heiko Bellmann, 2019, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, JF Irastorza, 2026, La Geste éditions.
  • Le genre meloe avec le site aramel.free.fr
  • Meloe violaceus avec la galerie du Monde des insectes

Photos JF Irastorza