Le Bourdon des champs

Bourdon des champs sur Pissenlit.

Premières sorties sucrées pour la future reine. Sa Majesté Bourdon des champs ouvre le bal des butineurs sur le romarin et les pissenlits du jardin.

Bourdon des champs / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 18 mm (reine). Visible de mars à octobre.

Nous sommes encore en hiver. Et alors ? Depuis quelques jours déjà, cet imposant Bourdon des champs (Bombus pascuorum) répond à l’appel du romarin au moindre rayon de soleil.

Les pattes cramponnées à la corolle, il plonge avec précision sa langue entre les lèvres blanc rosé de chaque fleur. L’affaire de quelques secondes. À la suivante ! Encore et encore… Il y en a des milliers. Suintantes de nectar sucré. La saison commence bien.

Silhouette robuste et pourpoint éclatant : il s’agit ici d’une reine. Fécondée l’automne dernier, calfeutrée depuis deux à trois mois, elle s’apprête à fonder « sa » colonie. Mais avant toute chose, il lui faut se requinquer ! Le romarin, les pissenlits, les chatons des saules notamment vont y pourvoir.

Thorax roux, abdomen gris fauve, sa progéniture émergera dans quelques semaines. Elle n’aura alors pas forcément la même prestance. Surtout les premières ouvrières. Parfois un peu riquiqui, il est vrai, mais déjà si bosseuses ! Et puis, au fil des renouvellements, le jardin pourra compter sur ces fidèles et solides auxiliaires, infatigables, par tous les temps ou presque. Jusqu’aux premières gelées de l’automne.

Printemps

Les pissenlits ont toute leur place dans les allées du jardin. Surtout en fin d’hiver pour revigorer les futures reines !

Parmi les indispensables « sauvageonnes » du jardin : le Lamier pourpre.

Le cassis-fleurs, un des premiers arbustes fleuris du jardin : incontournable dès la mi-mars pour les fondatrices de nouvelles colonies.

Mi avril. Les premières ouvrières du Bourdon des champs se distinguent par leur très petite taille. La colonie naissante devenant peu à peu moins précaire, les ouvrières suivantes seront progressivement plus costaudes.

Mi avril. Et voici les premières fleurs potagères, fèves, petits pois, et bientôt tomates…

… puis aubergines, courgettes, poivrons, piments et autres concombres et potimarrons !

… et là les généreux épis de la Brunelle commune dans les allées du jardin.

Été 

Dans une prairie humide voisine du jardin, l’exploration des « clochettes » de la Consoude officinale.

Sans oublier bien-sûr les planches et les bordures fleuries, avec une préférence pour les sauges.

Le Bourdons des champs est-il sensible au graphisme des fleurs de Cléome ? Du moins est-il friand de leur nectar !

Les fleurs d’oeillet d’Inde sur la planche des tomates.

Quand sécheresse et canicule tarissent les sources de nectar, on peut toujours compter sur les inflorescences de Sedum spectabile.

Avec les fleurs de fuchsia, le butinage devient acrobatique !

Automne

Mais vivent aussi les fleurs sauvages ! Ici la Linaire commune en bordure du halage…

Enfin, si les colonies périclitent en octobre, les mâles récemment émergés, comme les futures reines, prennent des forces ici sur la phacélie. Ces messieurs mourront quelques temps après l’accouplement. Et les jeunes femelles se prépareront à hiverner.

Fin octobre. Plus de petites ouvrières au jardin ! Les futures reines prennent des forces avant de chercher un abri pour l’hiver.

Début novembre. Les derniers butineurs peuvent toujours compter sur le généreux romarin !

En savoir plus : 

  • Bellmann 2019, Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, Delachaux & Niestlé.
  • Vincent Albouy, 2005, Les Bourdons, Belin/OPIE Poitou-Charentes.
  • Les Bourdons avec le site aramel.free.fr

Photos JF Irastorza

 

Le Bourdon des pierres

Bourdon des pierres sur fleurs de sarriette.

À défaut de murs, le Bourdon des pierres loge sous terre au jardin. Noir, la pointe de l’abdomen rousse, c’est un excellent pollinisateur.

Bourdon des pierres sur fleurs de sarriette.

Taille maxi : 22 mm (reine). Visible de mars à octobre.

Aussi massif que le Bourdon terrestre. Mais sans confusion possible ! L’épaisse fourrure noire du Bourdon des pierres (Bombus lapidarius) ne présente ni collier (sauf le mâle) ni ceinture jaune. Et, surtout, les deux derniers segments abdominaux hésitent entre rouge et orangé. D’où l’un de ses noms vernaculaires. Le cul roux.

Bourdoin des pierres à l'entrée de son terrier.Pas de murs maçonnés au mortier de terre, ni de tas de pierres où aménager un nid dans ce coin de marais. Qu’à cela ne tienne ! Un terrier de mulot abandonné fera très bien l’affaire. Au printemps, inlassablement, les femelles prospectent ainsi le jardin en quête de quelque discrète anfractuosité.

Une fois installée, la future reine est très active au jardin. Elle passe alors assez vite le relais à ses filles – ouvrières asexuées – pour entretenir et approvisionner le couvain naissant. Voilà d’excellents pollinisateurs. Nullement agressifs. Jusqu’en automne.

Le Bourdon des pierres au fil des saisons

Dès la fin février, les pissenlits sont les bienvenus au jardin pour accueillir les futures reines au sortir de leur hibernation.

Au début du printemps, inlassablement, la femelle prospecte l’herbe encore rase du jardin, à la recherche d’une crevasse ou d’un trou de rongeur pour installer sa future colonie.

Au lancement de la colonie, la jeune femelle est au four et au moulin. Aménager le nid, pondre, collecter nectar et pollen pour nourrir sa progéniture. Bientôt ses premiers rejetons vont pouvoir l’aider!

Tout le printemps et au début de l’été, la reine ne produit que des ouvrières asexuées qui lui ressemblent trait pour trait. Bien qu’un peu plus petites. Puis, lorsque la colonie parvient à son apogée, fin juillet-début août, il est  temps de passer le relais. Naissent alors mâles et femelles qui ne tardent pas à s’accoupler.

Cul roux et collier jaune : les mâles apparaissent en été déjà bien sonné. Pour quelques semaines seulement. Ils disparaissent en automne, avec les dernières ouvrières asexuées et la matriarche. Seules les jeunes femelles fécondées passent l’hiver : les futures reines du prochain printemps !

Gare aux parasites ! 

Psithyre des rochers

Le Psithyre des rochers ressemble un peu à sa cible, quoique sa robe soit moins contrastée.

Volucelle bourdon dans sa forme "Bourdon des pierres".

La Volucelle bourdon n’est jamais très loin. Mimétisme aidant, cette grosse mouche au « cul roux » n’hésite pas à pénétrer dans le terrier du Bourdon des pierres pour installer sa progéniture. Il existe une forme au « cul blanc » qui parasite plutôt le Bourdon terrestre.

En savoir plus : 

  • Bellmann 2019, Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, Delachaux & Niestlé.
  • Vincent Albouy, 2005, Les Bourdons, Belin/OPIE Poitou-Charentes.
  • Le Bourdon des pierres avec le site quelestcetanimal.com

Photos JF Irastorza

 

Bourdon des jardins ou des friches ?

Bourdon des jardins ou Bourdon des friches ?

Une future reine émergente assurément en cette saison. Oui mais, Bourdon des jardins ou Bourdon des friches ? Pas si simple.

Une longue langue chez les deux espèces, spécialisées dans le butinage des fleurs à corolles profondes. Depuis les légumineuses comme le haricot jusqu’aux éperons du chèvrefeuille. Ce qui ne les empêche pas, au sortir de l’hiver, d’apprécier les pissenlits.

À dire vrai, les deux espèces se ressemblent beaucoup. Avec la réputation d’un difficile distingo. Alors, Bourdon des jardins ou Bourdon des friches ? Voyons d’abord leurs points communs. Trois bandes jaune-orangé : à l’avant et à l’arrière du thorax puis sur le premier segment de l’abdomen. Et le « cul blanc » naturellement.

L’un et l’autre présentent en outre une forte tête allongée dotée d’une très longue langue, idéale pour explorer les tubes nectarifères les plus profonds.

Jusque là, l’individu rencontré ce matin sur un capitule de pissenlit coche toutes les cases. D’où vient donc cette impression de jamais vu ? Sans doute d’une dominante noire envahissante, ne laissant que la portion congrue aux bandes jaunes et même à la pointe grise ! 

Enfin, d’une manière générale, alors que la fourrure du Bourdon des jardins (B. hortorum) est abondante, souvent hirsute, celle-ci parait plus courte et même presque rase sur le dessus du thorax. Alors ? Prenons le pari du Bourdon des friches (B. ruderatus) dont ce serait la première observation au jardin. Quoiqu’il en soit : voilà une jeune reine tout juste émergée, prête à fonder sa propre colonie.

Loin d’être complète, la bande jaune abdominale disparait presque sur les côtés, submergée de fourrure noire.

Bourdon des jardins ou Bourdon des friches ?

La fourrure est peu fournie sur le thorax, frisant la tonsure sur le dessus.

En savoir plus : 

  • Albouy, 2005, Le Bourdon, Belin /Opie Poitou-Charentes.
  • Bellmann, 2019, Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, Delachaux & Niestlé.
  • Les bourdons avec le site aramel.free.fr
  • Bombus hortorum avec la galerie du site insecte.org
  • Bombus ruderatus avec la galerie du site insecte.org

 Photos JF Irastorza