Du crépi pour la lanterne

La petite Agroeca brunnea recouvre son cocon d'un enduit de boue / Un jardin dans le Marais poitevin.

Brune, ou plutôt chocolat, l’Agroeca brunnea met une énergie folle dans la protection de son cocon. Sera-ce suffisant contre les parasites ?

L'enduit de boue protège également l'encrage du cocon au brin d'herbe / Un jardin dans le Marais poitevin.A première vue, on pourrait croire à une petite araignée maçonne. C’est un peu cela mais uniquement pour la finition ! Car le nid façonné par l’Agroeca brunnea n’est pas entièrement constitué de boue. En bonne araignée, elle a filé un cocon. Une petite lanterne suspendue à un brin d’herbe. A l’intérieur, une cinquantaine d’oeufs le met préféré, hélas, des larves du Gelis, une petite guêpe parasite de la grande famille des Ichneumons.

Alors, pour mieux protéger sa progéniture, l’Agroeca brunnea recouvre le cocon d’un crépis de boue. Une carapace autant qu’un camouflage minutieusement façonné. C’est presque pathétique de la voir s’affairer avec tant d’énergie et d’application. Car le blindage est sans doute illusoire compte tenu de l’efficace tarière avec laquelle l’ennemi injecte ses oeufs. Mais que faire de plus ?

Une fois l’enduit en place, jusque sur les fils d’encrage, la petite araignée abandonnera le cocon et partira en chasse. Pas de toile en effet mais un patient affût. Parmi les feuilles mortes et les herbes basses. Et dans le feuillage des légumes du jardin.

Une fois le crépis en place, l'Agroeca brunnea abandonnera le cocon / Un jardin dans le Marais poitevin.

En savoir plus : 

  • Mickael J. Roberts, 2009, Araignées de France et d’Europe, Delachaux & Niestlé.
  • Les Gelis et leur parasitage des cocons d’Agroeca brunnea avec le site european-arachnology.org

Photos JF Irastorza

 

Le drap mortuaire

Drap mortuaire, sur pétale de tulipe, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sauf prolifération, la Cétoine grise, alias le drap mortuaire, est utile au potager où ses larves participent à la décomposition du compost.

Taille maxi : 14 mm. Visible d’avril à septembre.

Les noms populaires de la Cétoine grise (Oxythyrea funesta) ne sont guère engageants. La funeste. Et même le drap mortuaire !  Il est vrai que la livrée est assez tristounette. Ses quelques reflets bronze et sa constellation de taches claires évoquent les ornements funéraires de jadis. 

Pas de quoi rivaliser avec sa cousine, l’éclatante Cétoine dorée. Seule petite coquetterie : des tirets blanc crème disposés en deux lignes caractéristiques sur le thorax.

Comme toutes les cétoines, le drap mortuaire aime les fleurs. Mais il a une manière très particulière de butiner nectar et pollen : il broute ! Alors, comme à toutes les cétoines, on lui prête parfois quelque ravage… Rien d’inquiétant toutefois pour quelques individus isolés. Sinon pas d’autre solution que le ramassage. Heureusement, il est facile à voir et à « cueillir » lorsqu’il est à table !

Quelques fleurs malmenées ? La Cétoine grise vous les rendra au centuple en installant sa progéniture dans votre tas de compost. Ses larves y « digéreront » les matières organiques. Et le compost n’en sera que meilleur.

Drap mortuaire sur fleur de poirier, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sur la forêt d’étamines de la ronce commune.

Plongée parmi les fleurs tubulaires de la Centaurée jacée.

Brève visite sur la Sauge argentée dont l’abord poisseux ne semble pas lui convenir.

La Cétoine grise s’est dressée pour rassembler une brassée d’étamines : la dégustation de pollen peut commencer sur l’inflorescence de phacélie !

Dédaignant le pollen, ici c’est le nectar de la Cardamine des prés qui l’intéresse !

Contorsions au creux d’une corolle de bouton d’or pour en atteindre le nectar.

En savoir plus : 

  • Coléoptères d’Europe, 2017, Vincent Albouy et Denis Richard, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photo des insectes, 2019, Heiko Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • Oxythyrea funesta avec la galerie du site insecte.org
  • La Cétoine grise avec le site quelestcetanimal.com

Photos JF Irastorza

 

Le Syrphe des corolles

Syrphe des corolles / Un jardin dans le Marais poitevin.

Le Syrphe des corolles est censé émerger avec le printemps. En fait, il ne s’arrête jamais vraiment. Même en hiver, il lui suffit d’un peu de soleil et de nectar.

Syrphe des corolles / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 15 mm. Visible de mars novembre.

Sans attendre le printemps, les jeunes pousses de rosier vont bon train. Le moment est donc venu pour Madame Syrphe des corolles (Eupeodes corollae). Méthodiquement, elle inspecte tiges et feuilles. Par instinct, elle sait pouvoir trouver là de quoi nourrir ses futures larves, « siphonneuses » de pucerons.Installation d'une colonie de pucerons sur jeune pousse de rosier / Un jardin dans le Marais poitevin.

Bingo ! Une petite colonie verte commence à prendre ses marques à quelques feuilles de là. C’est encore loin d’être une invasion. Mais tout va tellement vite avec les pucerons… Ainsi, le temps pour la petite mouche d’installer ses propres rejetons, le festin sera à point.

C’est bien-sûr le démarrage de la végétation et, avec elle, l’arrivée des pucerons qui commandent la ponte du Syrphe des corolles. Pour le reste, l’hiver est loin d’être totalement léthargique ! Pourvu qu’il y ait un peu de soleil et quelques fleurs sauvages à butiner.

Syrphe des corolles / Un jardin dans le Marais poitevin.

Deux petites antennes noires percent sur une face jaune pâle. Les yeux ne se touchent pas. Il s’agit bien d’une femelle. Six à sept générations peuvent se succéder chaque année, des premiers beaux jours jusqu’en novembre.

Fin février. Cuirasse de bronze au thorax et trois paires de « virgules » jaunes sur l’abdomen. Un pied de haie ensoleillé et le nectar de la Ficaire fausse-renoncule : il n’en faut guère plus pour donner la bougeotte au Syrphe des corolles.

Fin janvier. Au coeur de l’hiver, on peut toujours compter sur la Véronique de Perse pour récompenser la témérité des butineurs les moins frileux.

2 janvier 2023 ! Si, si, au lendemain du Jour de l’an… En fait, le Syrphe des coroles ne s’arrête jamais vraiment. Il lui suffit d’un peu de soleil et de nectar !

En savoir plus :

  • Mouches et moustiques d’Europe, 2024, Denis Richard et Pierre-Olivier Maquart, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • Le Syrphe des corolles avec le site quelestcetanimal.com

Photos JF Irastorza