La feinte de l’Héliotrope d’hiver

Capitules de l'Héliotrope d'hiver / Un jardin dans le Marais poitevin.

L’Héliotrope d’hiver n’a pas cherché la facilité pour la fécondation de ses fleurs. Elle sait pourtant mener les butineurs là où il faut !

Héliotrope d'hiver / Un jardin dans le Marais poitevin.Ce n’est pas une autochtone mais ses rhizomes galopants apprécient la terre noire et humide du Marais poitevin. Echappée sans doute d’un jardin d’agrément, l’Héliotrope d’hiver colonise ici les bords d’un fossé près de Coulon. Son feuillage est resté vert et, déjà, portées par de solides hampes, ses petites fleurs blanc-rosé diffusent leur subtil parfum vanillé.

Chaque capitule est curieusement organisé. Accrochez-vous ! Aux coroles centrales étoilées la production du pollen. A la couronne périphérique la fécondation des pistils protégés par autant de longs pétales en forme de langue. Comment s’assurer qu’abeilles et bourdons n’oublient personne ? L’Héliotrope d’hiver a trouvé la feinte avec des pieds sexués : la couronne du pied mâle est stérile, autant que peut l’être le coeur étoilé du pied femelle. Dès lors, d’un pied l’autre, le moment venu, les butineurs n’auront pas le choix. Pas si compliqué finalement. Qu’importe le flacon en effet, pourvu qu’on ait le nectar !

Cela dit, gare tout de même, pour être merveilleusement parfumée et constituer un excellent couvre sol, la « néo maraîchine » pourrait vite devenir invasive.

Feuillage de l'Héliotrope d'hiver / Un jardin dans le Marais poitevin.

 

La Daldinie concentrique

Daldinie concentrique, champignon / Un jardin dans le Marais poitevin.

Voilà un champignon qui a la couleur de l’emploi. La Daldinie concentrique fait consciencieusement le job : la décomposition des bois morts.

On jurerait des bûches sorties du poêle en partie calcinées. Avec des boulets de charbon restés collés ici et là. Elles n’ont pourtant jamais connu le feu. Voilà des lustres qu’elles sont entassées là, parmi bien d’autres, dans le tas de bois cher au hérisson et à la Couleuvre d’Esculape.

C’est la Daldinie concentrique qui les « consume » ainsi, propageant et incrustant loin son mycélium noir. Elle parachève une décomposition déjà bien avancée. Etrange champignon ! Ici à maturité, sa croute charbonneuse, nuancée de bleu, est devenue friable. Des morceaux se sont détachés, laissant apparaître les cernes grises et noires concentriques de sa croissance. D’où son nom.

De nouvelles excroissances globuleuses sont en formation. Tant qu’il y aura des fibres ! La Daldinie concentrique a trouvé un bon filon. Sous le lierre et les ronces, il y a tout un tas de bois à coloniser.

Autres champignons xylophages du jardin : la Tramète et la Xylaire.

Daldinie concentrique, cernes de croissance / Un jardin dans le Marais poitevin.

Outre les champignons, le tas de bois accueille nombre d’insectes xylophages mais aussi le hérisson du jardin…

… et la Couleuvre d’Esculape y trouve un de ses refuges favoris !

 

Le compas dans l’oeil

Euphorbe épurge / Un jardin dans le Marais poitevin.

L’Euphorbe épurge ne laisse rien au hasard. Sur une tige bien droite et verticale, elle a une façon très graphique d’organiser son étroit feuillage.

Euphorbe épurge / Un jardin dans le Marais poitevin.On se souvient de l’Euphorbe réveille-matin dont le latex blanc très urticant, dit-on, fait fuir taupes et campagnols ! La tradition attribue aussi cet usage un peu barbare à l’Euphorbe épurge que voici. Oublions ! Car, toxique il est vrai, elle n’en mérite pas moins l’attention. C’est en effet une superbe sauvage, au port original.

Elle pousse actuellement au bord des chemins. A ce stade, la tige solidement dressée n’est pas encore ramifiée. Elle le sera au printemps prochain et étalera d’autant mieux sa floraison. En attendant, elle peaufine sa parfaite géométrie.

Dès le raz du sol, elle étage ainsi ses feuilles lancéolées à intervalles très réguliers. Mais ce n’est pas tout. Elle les oppose à chaque étage dans un alignement impeccable que souligne de longues nervures blanches sur fond vert-bleuté. Enfin, elle pousse la perfection jusqu’à les disposer selon des angles rigoureusement droits d’un étage à l’autre. L’Euphorbe épurge a le compas dans l’oeil ! 

Euphorbe épurge / Un jardin dans le Marais poitevin.

Photos Fernand ©