L’Orchis pyramidal

Des petits oasis préservés ici et là sur la pelouse : l’Orchis pyramidal peut tromper les papillons en toute quiétude !

Dans les parties enherbées du jardin, de petits piquets invitent la tondeuse à prudence. Il y a là quelques précieuses rosettes dont il vaut mieux préserver les abords. Place à l’Orchis pyramidal !  Ainsi, depuis quelques jours, les frêles orchidées dressent haut leur fine hampe, ici comme un peu partout dans les prairies et au bord des chemins. 

Plus coniques que pyramidaux, les épis floraux commencent à s’épanouir par la base. Avec de petites fleurs uniformément rose pâle. Sans tâches ni marbrures. Seule exception à cette sobriété, la lèvre inférieure est profondément trilobée.

Les échancrures pointent l’entrée de l’éperon que nombre d’insectes jureraient nectarifère. Un éperon si long et filiforme qu’il convient parfaitement aux papillons. Or, l’Orchis pyramidal ne produit aucun nectar. À défaut, son inflorescence est un leurre efficace. Elle imite assez bien celle d’espèces plus généreuses. Notamment le Trèfle des prés et surtout le Sainfoin. Comme l’Ophrys abeille à sa manière, voilà donc une des belles mystificatrices du jardin !

Uniformément roses, les petites fleurs présentent un labelle profondément trilobé / Un jardin dans le Marais poitevin.

La rosette automnale de l’Orchis pyramidal : un piquet de bambou pour éviter les piétinements et les coupes intempestives de la tondeuse !

Fin mai. Pourquoi se fatiguer à produire du nectar quand il suffit de le faire croire ? Comme nombre d’orchidées sauvages, l’Orchis pyramidal pousse très loin la supercherie. Elle met ainsi en scène des centaines de petites fleurs regroupées en épi, chacune dotée d’un éperon filiforme censé être nectarifère. Autant de leurres adaptés à la longue trompe des papillons. Et même la petite Carte de géographie ici se laisse gruger. Bonne fille, elle tente et retente sa chance d’une fleur l’autre. En vain évidemment. Ainsi va la pollinisation de l’Orchis pyramidal.

Fin mai. Vaine exploration pour l’abeille domestique.

Fin janvier . Petite station sous haute protection au jardin.

En savoir plus : 

  • Guide des fleurs sauvages, Richard Fitter, Alaster Fitter et Marjorie Blamey, 2009, Delachaux & Niestlé
  • Fleurs sauvages, guide nature, collectif, 2022, La Salamandre.
  • Orchidées du Poitou-Charentes et Vendée, J-C Guérin, J-M Mathé, André Merlet et Maryvonne Lorgeré, 1995, 2d. Méloé.
  • Avec l’herbier numérique du site flore-en-ligne.fr
  • Avec le site sauvagesdupoitou.com

Photos JF Irastorza 

La Sauge des prés

La sauge des prés : deux étamines surmontés d'un style débordant, protégés par la lèvre supérieure aux allures de faucille / Un jardin dans le Marais poitevin.

Moins aromatique que sa cousine officinale, la Sauge commune, dite des prés, retient surtout l’attention par son abondante floraison.

Ce n’est pas vraiment une maraîchine ! La Sauge des prés (Salvia pratensis) s’élève ici sur le halage de la Sèvre niortaise près de Coulon. Certes. Mais aux confins de la plaine calcaire, dont elle est familière et qui vient mourir là en pente douce au bord du marais.

Les rosettes de son feuillage gaufré restent plaquées au sol. Modestes, elles laissent la vedette à de spectaculaires épis. Ainsi, autour de solides hampes ramifiées, une multitude de fleurs à deux lèvres, amples mais étroites, s’ordonnent en de ravissantes couronnes échelonnées. D’un bleu violacé intense.

Sans surprise, la lèvre inférieure joue le rôle de piste d’atterrissage pour les insectes. La lèvre supérieure est plus originale. Concave, avec une allure de faucille, elle abrite deux étamines. Abeilles et bourdons les libéreront et se frotteront aux petits sacs de pollen en forçant le passage vers le tube nectarifère. A chaque va et vient, un peu de précieuse poussière se déposera alors sur le frêle style blanchâtre dont la pointe bifide violacée déborde largement. Juste au-dessus.

On trouve parfois la Sauge des prés en jardinerie, comme le Lychnis fleur de coucou, pour donner un air champêtre aux massifs et platebandes. Sinon, actuellement et jusqu’au début de l’été, on peut l’admirer un peu partout au bord des chemins. Et même des routes.

En savoir plus sur la Sauge des prés avec le site abiris.snv.jussieu.fr

 

Le Cardinal à tête rouge (ou noire)

Inoffensifs, peu craintifs, le Cardinal à tête rouge et son compère à tête noire sont quasi jumeaux. À la tête près.

Cardinal à tête rouge (Pyrochroa serraticornis) / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 14 mm. Visible de mai à juillet.

On le remarque souvent d’abord en vol. Un point rouge éclatant, rapide, direct. Le Cardinal à tête rouge (Pyrochroa serraticornis) ne va jamais très loin. Et, lorsqu’il a trouvé une ombellifère ou une feuille basse à sa convenance, il peut y rester des lustres. Peu farouche, il se laisse alors facilement admirer.

Cardinal à tête noire / Un jardin dans le Marais poitevin.Rouge orangé sur les élytres, plus vif et luisant sur le corselet et la tête. Le noir des pattes, des petits yeux et des curieuses antennes en forme de peigne contraste d’autant mieux. Impossible de le confondre, pas même avec son quasi jumeau, l’autre Cardinal (Pyrochroa coccinea), en tout point identique, hors la tête noire évidemment ! 

Principalement amateurs de pollen et de nectar, placides, ils sont aussi inoffensifs l’un que l’autre. Leurs larves, elles, sont carnassières, traquant les insectes xylophages entre écorce et bois des vieux arbres. C’est peut-être ce qui les a conduits au jardin, du côté du verger où l’écorce des vieux cerisiers malades tend à se décoller…

Cardinal à tête noire / Un jardin dans le Marais poitevin.

Tête rouge ou noire, le cardinal présente de solides antennes en forme de peigne.

Début mai. À l’escalade du Lychnis fleur de coucou.

Début mai. Sur une inflorescence de Cerfeuil des bois.

Mi avri. Sur une fleur de pommier.

En savoir plus : 

  • Coléoptères d’Europe, 2017, Vincent Albouy et Denis Richard, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photo des insectes, 2019, Heiko Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • Le Cardinal à tête rouge et le Cardinal à tête noire avec le site insectes-net.fr
  • Pyrochroa serraticornis avec la galerie du site insecte.org
  • Pyrochroa coccinea avec la galerie du site insecte.org

Photos JF Irastorza