Le Demi-diable

Demi-diable sur lupin arbustif.

Piqueur, suceur, sauteur : le Centrote cornu – alias la cigale épineuse – porte un casque étrange qui lui vaut le surnom de Demi-diable.

Demi-diable sur lupin arbustif.On a déjà vu ici son cousin, le vert Membracide bison, un petit piqueur-suceur, doué d’une prodigieuse détente dans le saut tant en hauteur qu’en longueur. Le Centrote cornu (Centrotus cornutus) est tout aussi vif et lilliputien (7-8 mm) mais un peu moins discret. Surtout en cette saison sur les tiges et les feuilles du lupin arbustif !

Deux petits yeux ronds, brun clair, tout en bas de la tête. Un front très haut, brun gris, couronné de deux « cornes » pointues, avec une troisième excroissance, lancéolée, ondulée et étirée vers l’arrière. L’ensemble forme un « casque » étrange auquel fait écho le surnom de Demi-diable. On l’appelle également cigale épineuse en référence à ses ailes caractéristiques, aux nervures aussi rougeâtres que les pattes.

Comme celles des cicadelles ou des cercopes, ses larves se développent actuellement à l’aisselle des feuilles de nombreuses herbacées. Sous la protection des fameux « crachats de coucou ». Adultes et progéniture se nourrissent de la sève siphonnée sur feuilles et tiges tendres. Sans grand dommage pour les plantes hôtes.

Demi-diable sur lupin arbustif.

« Crachat de coucou »

Ici à l’aisselle d’une feuille d’oseille sauvage, un « crachat de coucou », protection spumeuse des larves de cercopides et autres membracides, dont le Demi-diable.

En savoir plus : 

  • Hémiptères de France, 2015, Romain Garrouste, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photos des insectes, 2019, Heiko Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La geste éditions.
  • Le Centrote cornu avec les Cahiers nature de Jessica.

Photos JF Irastorza

 

L’Ophrys abeille

Tout est bon pour attirer les pollinisateurs ! De ce point de vue, la combine de l’Ophrys abeille est singulière. Une superbe supercherie !

Deux bonnes raisons pour ne pas toucher aux jonquilles du jardin après la floraison. Laisser les bulbes se régénérer. Mais aussi laisser leur chance aux pieds d’Ophrys abeille (Ophrys apifera) qui, implantés là spontanément, étendent même leur station parmi les brins de muguet tout proches.

Elle n’a certes pas la prestance de l’Orchis incarnat. Voilà pourtant une orchidée sauvage pour le moins séduisante. Et insolite. Car, si comme son nom l’indique l’Ophrys abeille attire les butineurs, ce n’est pas vraiment pour butiner ! 

Sous un petit casque verdâtre abritant étamines et pistil, l’attention est évidemment retenue par le large labelle coloré. Brun, roux, jaune, orangé, gris bleuté. Excusez du peu. À l’avant de trois tépales rosés jouant les faire-valoir, c’est la piste d’atterrissage des insectes. Surtout des abeilles mâles. Et pour cause.

Par le jeu des formes et des couleurs, par une pilosité rousse et même par l’odeur, chaque fleur se donne en effet des allures d’abeille femelle. Et ces messieurs n’y résistent pas. Particulièrement ceux de la famille Eucère. En atterrissant, ils se démènent donc comme de beaux diables. Le temps de réaliser la supercherie, ils ont suffisamment secoué les pollinies jaunes qui, collantes, s’accrochent pour être transportées d’une fleur à l’autre. L’Ophrys abeille est dès lors dépourvue d’éperon nectarifère. À quoi bon. Sa stratégie du trompe-l’oeil est tout aussi efficace.

Le sparadrap du capitaine Haddock 

Mi mai. Depuis quelques jours, les leurres de l’Ophrys abeille commencent à se mettre en place au jardin. Les deux pollinies jaunes sont ici bien visibles sous l’étroit casque verdâtre. Elles s’accrocheront aux abeilles sauvages mâles attirés par l’artifice odorant et coloré du labelle. Ainsi les pseudo-copulations favoriseront-elles la dissémination du pollen d’une fleur à l’autre.

Parmi les « cibles » de l’Ophrys abeille, l’Eucère longicorne. Mais il est plus facile de surprendre celui-ci sur une fleur de bourrache que sur le labelle de l’Orchidée illusionniste !

Ici sur une centaurée, ce mâle trimbale des pollinies jaunes involontairement « récoltées » sur les ophrys abeille alentour. Souvenir de naïves pseudo-coppulations. Comme le sparadrap du capitaine Haddock !

Fin janvier. Petite station sous haute protection au jardin.

En savoir plus : 

  • Guide des fleurs sauvages, Richard Fitter, Alaster Fitter et Marjorie Blamey, 2009, Delachaux & Niestlé
  • Fleurs sauvages, guide nature, collectif, 2022, La Salamandre.
  • Orchidées de Poitou-Charentes et Vendée, J-C Guérin, J-M Mathé, André Merlet et Maryvonne Lorgeré, 1995, Éd. Méloé.
  • Avec le site sauvagesdupoitou.com
  • L’Ophrys abeille avec le site orchisauvage.fr
  • L’Ophrys abeille avec le site flore-en-ligne.fr

Photos JF Irastorza 

 

Le Cryptocéphale soyeux

Cryptocéphale soyeux

Vert métallique, les élytres très ponctués, le petit Cryptocéphale soyeux a un faible pour les fleurs sauvages jaunes.

Cryptocéphale soyeux

Taille maxi : 8 mm. Visible d’avril à juillet. Un aspect granuleux qu’accentue ici le saupoudrage de pollen.

Un petit bijou au creux d’une corolle de bouton d’or. On songe à la Chrysomèle de la menthe. Mais c’est un cousin à la silhouette moins ramassée. Certes, le Crytocéphale soyeux (Cryptocephalus sericeus) est tout aussi vert métallique. Mais les élytres, davantage oblongs, présentent une ponctuation très marquée.

Mais où est donc passée la tête ? Souvent les coléoptères ont la faculté de la rétracter au repos ou en cas de danger. En l’occurrence, comme le suggère le nom latin du genre (cryto = caché), elle est en permanence incrustée sous le pronotum. Seuls émergent deux grands yeux sombres sur une face plate, également verte. Et bien sûr les longues antennes annelées.

A priori rien à craindre au jardin de sa progéniture qui trouve plutôt son ordinaire auprès de diverses plantes sauvages. Cela dit, les larves sont difficiles à apercevoir. Elles se protègent à l’intérieur d’un fourreau aménagé et régulièrement agrandi à partir de leurs propres excréments. Mais ça, c’est avant de devenir un petit bijou !

Cryptocéphale soyeux

Un cousin : le Cryptocéphale à deux points (Chryptocephalus bipunctatus) présente la même silhouette, avec des élytres à la fois striés et ponctués, rouge orangé, ornés d’un point noir à l’arrière, d’un tiret noir à l’avant.

En savoir plus :

Photos JF Irastorza