Rayonnante sensualité

Abeille sauvage, Anthophore plumeuse, sur fleur de Prunus serrulata / Un jardin dans le Marais poitevin.

Malgré une alerte au gel, la floraison des fruitiers semble sauvée. Celle du Prunus serrulata lui emboite le pas. Et de très belle manière !

Mouche éristale sur fleur de Prunus serrulata / Un jardin dans le Marais poitevin.Voilà quelques années, un vent d’exotisme japonisant a dû souffler sur le jardin. Avec le Jasmin d’hiver, le Forsythia mais également le Prunus serrulata qui amorce actuellement sa floraison.

Alors que poiriers, mirabellier et cerisiers en ont presque fini avec la leur – a priori sans dommage après le coup de frayeur d’une Grand bombyle sur fleur de Prunus serrulata / Un jardin dans le Marais poitevin.sévère gelée blanche l’autre nuit – voici donc un nouveau point de ralliement pour les pollinisateurs de tous poils !

Syrphes, bourdons et abeilles en ont vite trouvé le chemin. Il est vrai que le Prunus serrulata ne fait pas les choses à moitié. Même les boutons floraux participent à la séduction. Leurs grappes rose-vif battent énergiquement le rappel. Et les premières fleurs font le reste. Leurs corolles blanc-rosé flottent sous le vent. Le moindre rayon de soleil en sublime la rayonnante sensualité.

Hélas, la pluie et les orages annoncés pour la semaine prochaine pourraient gâcher la fête. On ne va pas trop s’en plaindre. Le jardin commençait à avoir soif.

Osmie cornue sur fleur de Prunus serrulata / Un jardin dans le Marais poitevin.

 

L’Herbe-à-Robert

Le Grand bombyle en vol stationnaire devant une délicate fleur d’Herbe à Robert. Sa trompe est si longue qu’il n’a guère besoin d’y poser les pattes !

Médicinale jadis réputée, l’Herbe-à-Robert s’invite un peu partout. Un couvre-sol coloré et peu exigeant. Délicatement fleuri.

L'Herbe-à-Robert, feuille ourlée de rouge sang / Un jardin dans le Marais poitevin.Elle côtoie l’Orpin blanc sur la toiture du cabanon. L’Herbe-à-Robert (Geranium robertianum) s’aventure jusque dans les taillis proches du jardin. C’est un géranium, sauvage certes, mais plus « vrai » que le pélargonium dont les jardineries commencent à regorger à l’intention des balcons.

Les hypothèses ne manquent pas pour expliquer son nom populaire. En passant par l’inévitable et sulfureux L'Herbe-à-Robert, géranium sauvage / Un jardin dans le Marais poitevin.Robert-le-Diable. Encore lui ! Comme si le flamboyant papillon ne lui suffisait pas. Il est vrai que l’odeur s’en mêle : les feuilles, surtout lorsqu’on les froisse, diffusent en effet des relents musqués qui n’évoquent pas forcément la sainteté !

Pour couronner le tout, les tiges poilues sont baignées d’un intense rouge-sang. Les sépales des boutons floraux également. Un rouge-sang qui paraît même suinter du feuillage… Heureusement, roses, plus ou moins violacées, les petites fleurs sont charmantes. Elles vont par deux et on leur donnerait le Bon Dieu sans confession. Gare malgré tout. Excellent couvre-sol, l’Herbe-à-Robert est vite envahissante. Mais si facile à arracher lorsqu’elle va trop loin !

L'Herbe-à-Robert : le rouge sang des tiges et des sépales semble également suinter du feuillage.

Réputée comestible, l’Herbe-à-Robert n’en est pas moins très amère. Dans la pharmacopée traditionnelle, elle était notamment réputée soigner les maux liés à la circulation sanguine.

En savoir plus : 

  • Guide des fleurs sauvages, Richard Fitter, Alaster Fitter et Marjorie Blamey, 2009, Delachaux & Niestlé
  • Fleurs sauvages, guide nature, collectif, 2022, La Salamandre.
  • Avec l’herbier numérique du site flore-en-ligne.fr
  • Avec le site sauvagesdupoitou.com

Photos JF Irastorza 

 

Le drap mortuaire

Drap mortuaire, sur pétale de tulipe, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sauf prolifération, la Cétoine grise, alias le drap mortuaire, est utile au potager où ses larves participent à la décomposition du compost.

Taille maxi : 14 mm. Visible d’avril à septembre.

Les noms populaires de la Cétoine grise (Oxythyrea funesta) ne sont guère engageants. La funeste. Et même le drap mortuaire !  Il est vrai que la livrée est assez tristounette. Ses quelques reflets bronze et sa constellation de taches claires évoquent les ornements funéraires de jadis. 

Pas de quoi rivaliser avec sa cousine, l’éclatante Cétoine dorée. Seule petite coquetterie : des tirets blanc crème disposés en deux lignes caractéristiques sur le thorax.

Comme toutes les cétoines, le drap mortuaire aime les fleurs. Mais il a une manière très particulière de butiner nectar et pollen : il broute ! Alors, comme à toutes les cétoines, on lui prête parfois quelque ravage… Rien d’inquiétant toutefois pour quelques individus isolés. Sinon pas d’autre solution que le ramassage. Heureusement, il est facile à voir et à « cueillir » lorsqu’il est à table !

Quelques fleurs malmenées ? La Cétoine grise vous les rendra au centuple en installant sa progéniture dans votre tas de compost. Ses larves y « digéreront » les matières organiques. Et le compost n’en sera que meilleur.

Drap mortuaire sur fleur de poirier, avril 2019 / Un jardin dans le Marais poitevin.

Sur la forêt d’étamines de la ronce commune.

Plongée parmi les fleurs tubulaires de la Centaurée jacée.

Brève visite sur la Sauge argentée dont l’abord poisseux ne semble pas lui convenir.

La Cétoine grise s’est dressée pour rassembler une brassée d’étamines : la dégustation de pollen peut commencer sur l’inflorescence de phacélie !

Dédaignant le pollen, ici c’est le nectar de la Cardamine des prés qui l’intéresse !

Contorsions au creux d’une corolle de bouton d’or pour en atteindre le nectar.

En savoir plus : 

  • Coléoptères d’Europe, 2017, Vincent Albouy et Denis Richard, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photo des insectes, 2019, Heiko Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • Oxythyrea funesta avec la galerie du site insecte.org
  • La Cétoine grise avec le site quelestcetanimal.com

Photos JF Irastorza