La potière et la symphorine

La Guêpe potière est une solitaire. Elle n’en est pas moins venue en petite troupe au jardin pour squatter les dernières fleurs de la symphorine.

Nid de Guêpe potière.

De la taille d’une cerise, nid de la Guêpe potière accroché à une herbe sèche (Photo P. Falatico via aramel.free.fr)

Peut-être les capsules vertes et surtout les boules blanches de la Symphorine rappellent-elles des souvenirs à la Guêpe potière (Eunemes pomiformis). Elles ressemblent un peu en effet aux petits pots de terre mêlée de salive qu’elle façonne pour installer sa progéniture.

Des petits pots ronds pareillement pourvu d’un col ourlé qu’elle prend soin de reboucher après y avoir pondu. Un seul oeuf par pot. Elle y dépose également des chenilles vivantes mais paralysées. On devine pourquoi. Un peu comme l’Isodonte mexicaine avec les sauterelles.

Toute en finesse. L’abdomen effilé présente un premier renflement avant de s’épanouir en forme de poire. Finement velu, à dominante noire, le corps est délicatement strié et taché d’un jaune vif qui envahit par ailleurs les pattes, surtout les tibias.

Pour l’heure, l’élégante petite guêpe butine les dernières fleurs de la Symphorine. Les antennes coudées, les ailes fumées à demi relevées, elle est venue en petit commando et ne laisse personne d’autre s’approcher des minuscules clochettes rose pâle. Pas même les bourdons qui préfèrent abdiquer. Ils en sont pourtant d’ordinaire très friands. Mais le butinage est ici réservé pour aujourd’hui.

Guêpe potière (Eunemes poniformis) sur fleurs de Symphorine.

La potière sur une inflorescence échevelée d’Eupatoire chanvrine.

En savoir plus : 

  • Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, 2019, Heiko Bellmann, Delachaux et Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.

Photos JF Irastorza 

 

Le Grand sphinx de la vigne

La chenille du Grand sphinx de la vigne sur Gaillet gratteron.

À défaut de discrétion, la chenille du Grand sphinx de la vigne ne manque pas d’arguments pour dissuader ses éventuels prédateurs.

Longueur de la chenille : 80 mm.

Il y a bien une treille au jardin. Mais de là à attirer le Grand sphinx de la vigne… C’est pourtant bien sa chenille ici à l’escalade, en bord de haie, sur une tige de gaillet. Un de ses autres repas favoris. Avec le fuchsia notamment.

Impressionnante ! Sept bons centimètres. Un corps noirâtre replet. Des lignes de petites tâches beiges et bleutées. On jurerait des écailles. Pour parfaire l’illusion du serpent, la chenille se tortille et se balance de droite et de gauche au moindre dérangement.

Son museau en forme de groin, qui lui vaut le surnom de Petit pourceau, est alors vite rétracté. La tête se gonfle d’autant. Ses quatre ocelles prennent Chenille du grand sphinx de la vigne, une face inquiétante propre à dissuader les importuns.ainsi l’allure de gros yeux noirs aux paupières fardées de bleu et de gris.

Pour aller jusqu’au bout de la dissuasion, le jeu des couleurs de la face imite une bouche béante dotée d’une solide dentition. Un Petit pourceau doublé d’un menaçant bouledogue !

Cela dit, malgré une scrupuleuse inspection, pas d’autre chenille serpentine à l’horizon. Pas de Grand Sphinx de la vigne non plus. Il est vrai que l’imposant papillon rose et brun est nocturne. Il est aussi réputé ne pas apprécier les zones humides. L’exception qui confirme la règle sans doute.

Un des tout premiers stades larvaires de la chenille du Grand sphinx de la vigne. D’un vert tendre, elle arbore déjà ses deux paires « d’yeux » (jaunes et rouges à ce stade) et son épine dorsale (blanche, noire et rouge). Sans oublier le mufle rétractable ici à demi étiré. Ce n’est qu’en fin d’évolution qu’elle foncera pour devenir brun gris.

En savoir plus : 

  • Hétérocères diurnes, 2020, Rainer Ulrich, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • Le Grand sphinx de la vigne et sa chenille avec le site insectes-net.fr

Photos JF Irastorza

 

Les dents de requins de la Grisette

Hespérie de la Passe-Rose : la livrée mêle gris, brun foncé, châtain clair et même vieux rose.

C’est un petit feston dentelé qui vaut à l’Hespérie de la Passe-Rose son nom latin. Carcharodus. Une référence décalée… au Grand requin blanc !

Si les Hespéries du jardin sont difficiles à distinguer entre elles, notamment celle des potentilles et de la mauve, pas de confusion possible ici. L’Hespérie de la Passe-Rose (Carcharodus alceae), alias la Grisette, est en effet plus marbrée que tachetée.

Malgré son nom populaire, le gris est loin de dominer. Il n’intervient qu’assez discrètement, pour veiner des plages allant du brun foncé au châtain clair en passant par le vieux rose. Il s’y diffuse aussi un peu partout, sous l’effet notamment d’une pilosité assez fournie.

Comme la plupart des membres de la famille, la Grisette présente un corps plutôt massif, une large tête, de gros yeux noirs saillants et de solides antennes aux pointes noires recourbées en petits crochets.

Parmi ses signes distinctifs, le feston des ailes postérieures évoque (avec quelque imagination) les dents acérées du Carcharodon, autrement dit du Grand requin blanc. D’où son nom latin, Carcharodus. Qui a dit que les entomologistes sont trop sérieux ?

Pour le butinage, en cette saison, l’Hespérie de la Passe-Rose ne résiste pas notamment aux capitules mauves des cirses. Cela dit, elle a peut-être installé ses chenilles sur l’hibiscus du jardin. Ou les roses trémières bien entendu.

Hespérie de la mauve : les fameuses "dents de requin" en bordure des ailes postérieures.

Corps trapu, revers des ailes également marbré, pointe des antennes en forme de crochet : l’Hespérie de la Passe-rose ici sur une fleur de Pulicaire.

Fin août 2020. La Grisette sur un panicule de zinnia nain.

En savoir plus :

Photos JF Irastorza