Comme dans un gant !

Penstémon digitalis et Abeille charpentière.

Largeur, profondeur : la corolle tubulaire du Penstémon digitalis est juste comme il faut… Les plus gros butineurs s’y engouffrent sans hésiter !

Penstémon digitales et Bourdon des champs.Familière du lumineux Penstémon rouge, l’Abeille charpentière apprécie également les fleurs blanches de son cousin, le Penstémon digité (Penstemon digitalis). Elle n’est pas la seule. Les bourdons y sont également assidus. Particulièrement le Bourdon des champs qui s’y engouffre encore et encore…

Une corolle tubulaire discrètement veinée de rose pourpre et deux lèvres fortement échancrées : trois lobes ovales en bas, deux au-dessus. Les petits sacs de pollen s’y détachent d’autant mieux qu’ils y font écho au vert bronze du feuillage et des tiges rameuses. Les syrphes peuvent s’en repaître tout en restant campés au bord de la corolle.

Pour le nectar, c’est autre chose ! Pas d’autre solution que de plonger à l’intérieur. Heureusement le vestibule n’est pas trop profond. Les bourdons comme la Charpentière n’ont pas de peine à s’y couler. Comme dans un gant presque taillé sur mesure ! Et leur longue langue fait le reste.

Penstémon digitalis et Abeille charpentière.

La corolle du dessous fait la courte échelle à la Charpentière pour qu’elle puisse mieux se couler à l’étage au dessus !

penstémon digitalis et Syrphe ceinturé.

Les Syrphes restent à l’entrée. Pas la peine d’aller plus loin : les anthères et le pollen sont là à portée de langue.

Le Bourdon des jardins s’engouffre dans la corolle, la longue langue déjà dressée à l’avant.

Quelle langue ! Madame Anthophore sp. parée pour siphonner le nectar.

Photos JF Irastorza

 

La Noctuelle gamma

Noctuelle gamma sur fleur de Sauge toute bonne.

Gamma, Lambda ou simplement Y ? La Noctuelle gamma se distingue notamment par son « autographe » blanc sur les ailes antérieures.

Noctuelle gamma sur fleur de Sauge toute bonne.

Envergure maxi : 40 mm. Période d’observation : pic en fin d’été.

On a envie de lui demander de se calmer ! Tout en butinant, la trompe plongée dans le tube nectarifère ici de la Sauge toute-bonne, les pattes pourtant bien campée, la Noctuelle gamma (Autographa gamma) n’en finit pas de vibrer. Avec frénésie. Drôle de caractéristique de l’espèce !

Mais, bien-sûr, le principal signe distinctif, qui lui a donné son nom, est cette marque blanche au centre des ailes antérieures. Sur fond chiné brun et gris avec des nuances rousses. Elle fait penser à la Goutte d’argent récemment rencontrée sur une fleur de Lychnis.

Pour le commun des mortels, elle évoque un Y un peu biscornu. Mais les pionniers de l’entomologie, hellénistes distingués, y voyaient plutôt la lettre grecque Gamma (γ) . Voire Lambda (λ). Tout dépend dans quel sens on la regarde.

Quoiqu’il en soit, voilà une nouvelle fois un papillon de nuit qui butine aussi volontiers le jour. Sa chenille apprécie pissenlit, luzerne, et ortie. Mais aussi hélas chou, tomate et salade. D’un beau vert tendre, elle est facile à repérer. Et à collecter.

Noctuelle gamma sur fleur de Sauge toute bonne.

Au fil des saisons

Fin mars sur le mirabellier en fleurs.

Début septembre, sur la menthe aquatique d’une prairie humide du marais. En automne, la Noctuelle gamma migre vers le sud, sous des cieux plus cléments où elle poursuit le fil de ses générations successives pour nous revenir au printemps.

Une proche cousine

Une proche cousine, la Noctuelle goutte d’argent, qui s’en distingue notamment par la fameuse marque blanche au centre des ailes antérieures. Et par un calme butinage, loin des incessantes vibrations de la Noctuelle gamma !

En savoir plus :

  • Hétérocères diurnes, 2020, Rainer Ulrich, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photo des insectes, 2019, Heiko Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • Autographa gamma avec le site de l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN)
  • Autographa gamma avec la galerie du site insecte.org

Photos JF Irastorza

 

La Mégachile lagopoda

Mégachile lagopoda, mâle, sur capitule de Gaillarde.

Des tarses avant aplatis, frangés de longues soies blanches : voilà les « poignets laineux » de la Mégachile lagopoda. L’apanage de mâles si peu conviviaux !

Mégachile lagopoda, mâle, sur capitule d'artichaut en fleurs.

Chaque année, quelques têtes d’artichaut sont laissées à fleurs. Très appréciées des abeilles sauvages et des papillons, elles s’épanouissent en début d’été. Patience…

On se souvient des foucades de ces Messieurs, l’été dernier, sur la planche des artichauts en fleurs. Les mâles de la Mégachile poignets-laineux (Megachile lagopoda) sont de retour au jardin. Comment ne pas les remarquer… Pas de femelle encore à l’horizon ? Les bougres n’en sont que plus irascibles.

En attendant les généreux capitules mauves, ils sont quelques prétendants à vouloir s’approprier les touffes de Gaillarde et de Scabieuse. Intolérants entre eux, ils ne supportent pas davantage les autres butineurs. Cela dit, les halictes ne manquent pas de répondant. Les bourdons non plus.

Les kékés reviennent inlassablement à la charge. Pourtant, leurs fameux « poignets laineux » n’impressionnent personne. Drôle de coquetterie en vérité que ces tarses avant, élargis, abondamment hérissés de soies blanches !

Un comble : c’est à peine si les trublions prennent le temps de butiner eux-mêmes. Chaque chose en son temps sans doute. D’abord établir et défendre un territoire. En prévision de l’émergence de ces dames.

Sources :

Megachile lagopoda, mâle, en pause sur fleur de Gaura.

Brève pause en fin d’après-midi sur les fleurs fanées du Gaura. Au-delà des longues soies blanches des tarses avant, une pilosité courte mais dense. Jusque sur la face aux grands yeux noirs. On perçoit bien également ici les tibias arrière, très épaissis et arqués.