Le Petit mars changeant

Petit mars changeant dans sa forme Apatura ilia clytie.

Deux formes aux couleurs bien différentes pour le Petit mars changeant. L’une et l’autre se parent de reflets bleutés en jouant avec le soleil.

Envergure maxi : 60 mm. Visible de juin à octobre. Ici une dominante brun foncé avec taches blanches et ocelles orangés pour la forme Apatura ilia ilia.

Il a beau avoir une superbe et longue trompe jaune fluo, le Petit mars changeant a un régime alimentaire assez peu ragoûtant. Car s’il recherche ordinairement divers miellats dans les arbres, il descend parfois au sol pour butiner… crottes et cadavres d’animaux !

Des reflets bleu violacé selon l’orientation du soleil.

Depuis quelques jours, son menu est plus « convenable » au jardin. On l’y trouve ainsi régulièrement sous le mirabellier où le jus sucré des prunes tombées à terre semble le réjouir. Il choisit les mirabelles les plus blettes, dont la queue est tombée, et y plonge sa trompe avec délectation.

Même décor dans une dominante fauve pour la forme Apatura ilia clytie.

Le plus surprenant est dans la couleur des ailes. Le Petit mars changeant se présente en effet sous deux aspects. Avec une dominante brun très foncé marqué de taches blanches et d’ocelles orangés pour la forme Apatura ilia ilia. Avec le même décor mais dans une dominante fauve pour la forme Apatura ilia clytie.

L’un et l’autre ont la particularité, du moins pour le mâle, de présenter des reflets bleu violacé plus ou moins prononcés selon l’orientation du soleil. D’où le qualificatif de « changeant » donné à l’espèce.

Un papillon aux multiples visages donc. Pas très farouche. Il se laisse volontiers approcher. Surtout lorsqu’il déguste une mirabelle !

Sur un fruit ou sous le soleil !

Petit mars changeant dans sa forme Apatura ilia ilia.

Pas si « petit » que cela. Environ 6 cm d’envergure. Soit un ou deux centimètres de moins que le Grand mars changeant, très ressemblant, avec quelques différences dans la forme des taches blanches, et sans ocelle orangé aux antérieures.

L’appétit vient en mangeant : après la mirabelle, la poire !

Début novembre : le Petit mars changeant est toujours là et « sirote » une des toutes dernières mûres des haies.

Mi août. Le Petit Mars changeant et ses reflets bleutés. Ici sous un poirier du jardin, la trompe jaune fluo plongée dans un fruit blet tombé à terre.

Fin aoû. Au bord d’un chemin. Presqu’incognito sur l’herbe sèche. N’étaient ses reflets bleutés sous le soleil.

Mi août. Bain de soleil sur une feuille desséchée de maïs.

Fin août. En pause dans le feuillage d’un frêne.

Début septembre. Les ailes du Petit mars changeant bleuissent sous le soleil levant, dans l’herbe au bord du halage, alors qu’il déguste les sucs d’une… crotte de chien !

En savoir plus : 

  • Guide pratique des papillons de jour, 2022, Moussus, Lorin et Cooper, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • Le Petit Mars changeant avec le site quelestcetanimal.com

JF Irastorza

 

Les dents de requins de la Grisette

Hespérie de la Passe-Rose : la livrée mêle gris, brun foncé, châtain clair et même vieux rose.

C’est un petit feston dentelé qui vaut à l’Hespérie de la Passe-Rose son nom latin. Carcharodus. Une référence décalée… au Grand requin blanc !

Si les Hespéries du jardin sont difficiles à distinguer entre elles, notamment celle des potentilles et de la mauve, pas de confusion possible ici. L’Hespérie de la Passe-Rose (Carcharodus alceae), alias la Grisette, est en effet plus marbrée que tachetée.

Malgré son nom populaire, le gris est loin de dominer. Il n’intervient qu’assez discrètement, pour veiner des plages allant du brun foncé au châtain clair en passant par le vieux rose. Il s’y diffuse aussi un peu partout, sous l’effet notamment d’une pilosité assez fournie.

Comme la plupart des membres de la famille, la Grisette présente un corps plutôt massif, une large tête, de gros yeux noirs saillants et de solides antennes aux pointes noires recourbées en petits crochets.

Parmi ses signes distinctifs, le feston des ailes postérieures évoque (avec quelque imagination) les dents acérées du Carcharodon, autrement dit du Grand requin blanc. D’où son nom latin, Carcharodus. Qui a dit que les entomologistes sont trop sérieux ?

Pour le butinage, en cette saison, l’Hespérie de la Passe-Rose ne résiste pas notamment aux capitules mauves des cirses. Cela dit, elle a peut-être installé ses chenilles sur l’hibiscus du jardin. Ou les roses trémières bien entendu.

Hespérie de la mauve : les fameuses "dents de requin" en bordure des ailes postérieures.

Corps trapu, revers des ailes également marbré, pointe des antennes en forme de crochet : l’Hespérie de la Passe-rose ici sur une fleur de Pulicaire.

Fin août 2020. La Grisette sur un panicule de zinnia nain.

En savoir plus :

Photos JF Irastorza

 

La Belle-Dame

Belle-Dame au repos sur paillis de feuilles mortes.

Comment se camoufler quand on arbore une tenue jaune orangé ? La Belle-Dame n’a que l’embarras du choix avec le paillis du potager.

Envergure maxi : 65 mm. Visible de mars à septembre-octobre.

Elle peut avoir le vol et le butinage spectaculaires. Mais ce matin, la Belle-Dame (Cynthia cardui) semble vouloir prendre un bain de soleil incognito. Elle fait ainsi halte sur le paillis des tomates. Sa livrée, un peu passée il est vrai, s’y fond dans les contrastes mordorés des feuilles mortes.

D’ordinaire d’un jaune orangé soutenu, la dominante est devenue plus fauve. Elle n’en retient pas moins d’attention, parsemée de points et de taches sombres, en écho à la pointe brune mouchetée de blanc des ailes antérieures. C’est à peine si on perçoit les reflets bleutés du thorax particulièrement velu.

Lorsqu’elle s’envole, boudant les fleurs, c’est pour se reposer sur une feuille de tomate. Les ailes vite repliées.  Paradoxalement, sa posture favorite de camouflage est là presque plus voyante. L’orangé des antérieures ressort en effet davantage. Apparemment plus sobres, les postérieures jouent de multiples nuances beiges, brunes et fauves que souligne un fin réseau de lignes blanches. Quatre petits ocelles pointés de noir parachèvent ce décor finalement très structuré.

Ce n’était qu’une halte. La Belle-Dame disparaît bientôt. Pas assez de chardons et de cirses sans doute à son goût au jardin !

Grande migration

Vanesse des chardons, alias la Belle-dame, sur capitule de scabieuse.

La Belle dame ne se hasarde pas à hiverner sur place. Dès l’approche des premières gelées, elle se lance dans une longue migration qui la conduit, en troupes populeuses, vers le sud où elle poursuit les cycles de ses générations successives. Ce sont ainsi des individus méridionaux qui, en retour, reviennent coloniser nos contrées au printemps.

Début juin. Incontournable visite de la scabieuse du jardin !

Belle-Dame sur Menthe des champs.

Belle-Dame sur Menthe des champs dans une prairie voisine.

Fin août. La Belle-dame resplendissante : la couronne d’or des zinnias lui va si bien !

Fin mai. Première visite printanière sur la Sauge des bois.

Fin août. On peut toujours compter sur la menthe des prairies humides en cette fin d’été caniculaire…

Mi octobre. Le plein d’énergie sur les Cirses des champs, avant la longue migration automnale vers le sud.

En savoir plus :

  • Guide pratique des papillons de jour, Jean-Pierre Moussus, Thibault Lorin et Alan Cooper, 2022, Delachaux & Niestlé.
  • La Belle-Dame avec le site conservation-nature.fr

Photos JF Irastorza