Papillons de nuit du jardin

Florilège d’une quarantaine de papillons de nuit qui n’en volètent et butinent pas moins aussi sous le soleil.

Non, les papillons de nuit ne sont pas tous grisâtres et ternes ! Il est vrai que, sur plus de 5000 espèces répertoriées en France, quelques dizaines seulement sont régulièrement visibles au jardin…

Certains comme l’Écaille chinée ou la Zigène du trèfle ont un vol rouge éclatant. D’autres, comme la Phalène ornée, présentent une livrée moins voyante mais délicatement raffinée. Quelques-uns, telles la Noctuelle gamma ou la Goutte d’argent, arborent une étrange petite « marque de fabrique ». Tandis que les Séries se donnent des airs d’abeille ou de guêpe…

Des papillons de nuit, vraiment ? Le Moro sphinx butiner certes jusqu’au crépuscule mais vous le rencontrez déjà tôt le matin et à toute heure de la journée ! Le Sphinx gazé également, ainsi notamment que la rouge et or Pyrale pourprée.

La famille des Noctuelles est particulièrement présente au jardin. Normal, c’est en effet une des familles les plus populeuses chez les papillons de nuit, c’est aussi, hélas, elle qui fournit les bataillons de chenilles ravageuses du potager. Dont les fameux et terricoles « vers gris », amateurs de racines.

Vol rouge

Cinq taches rouge-sang sur fond noir bleuté : la Zygène du trèfle, une visiteuse paisible au jardin. De nuit comme de jour.

Papillon de nuit au vol diurne rougeoyant, l’Écaille chinée passe vite en mode incognito au moindre danger.

Les Noctuelles

La Noctuelle fiancée. Un des papillons les plus redoutés au potager. Pour ses chenilles. Les fameux vers gris. Grands amateurs de plants de salades.

Gamma, Lambda ou simplement Y ? La Noctuelle gamma se distingue notamment par son « autographe » blanc sur les ailes antérieures.

Joli nom pour un papillon de nuit. Pour faire écho à la tache blanche dont la Goutte d’argent orne ses ailes antérieures.

Une noctuelle mordorée à la silhouette un peu cabossée. Les chenilles de la Plusie chalcite apprécie le feuillage des tomates. Mais pas que !

C-noir sur feuille de capucine.

Dans la famille Noctuelle, voici le C-noir. Ses chenilles ne s’attaquent pas aux racines mais au feuillage. Sans préférence particulière.

Noctuelle de la Cardère

Un camaïeu de beige rehaussé de noir : comme son nom le suggère, le potager n’a rien à craindre de la Noctuelle de la cardère.

La Noctuelle sulfurée, alias l’Arlequinette jaune,  est bienvenue : ses chenilles sont friandes de liseron !

Noctuelle en deuil, alias La Funèbre, sur salicaire.

Les couleurs de la Noctuelle en deuil, alias La Funèbre, évoquent la pompe des obsèques de jadis. Quoique, sous le soleil d’août…

Inféodée aux zones humides, la Xanthie paillée est assez fréquente dans le Marais poitevin où ses chenilles se développent dans les chatons des peupliers.

Les Pyrales

Magnifique petit papillon, la Pyrale pourprée vole et butine de jour comme de nuit. Avec un faible pour les aromatiques.

Pyrale de la menthe.

Sur la planche des aromatiques, la Pyrale de la menthe se laisse volontiers admirer. Dans une livrée estompée brun rouge et dorée.

Pas de panique au potager : les chenilles de la Pyrale des buissons préfèrent les sauvageonnes des prairies, notamment les feuilles de plantain.

Pyrale de la luzerne sur feuillage d'achillée.

Un décor au graphisme géométrique pour la petite Pyrale de la luzerne. Quoique. Avec un peu d’imagination…

La Pyrale du houblon trouve ses plantes-hôtes favorites au bord du halage. Le houblon bien-sûr mais aussi les orties.

La Phycide incarnat.

De larges bandes longitudinales jaune pâle et rose poudré : pas de confusion possible avec la Phycide incarnat.

Phydide du plantain (Homoeosoma sinuella)

Une allure de fétu de paille pour la petite Phycide du plantain : parfait camouflage dans la végétation basse.

Les Phalènes

Le Géomètre à barreaux : comme les barreaux d’une échelle greffés sur un réseaux d’épaisses lignes concentriques.

Des points par milliers, Pêle-mêle ou rassemblés en épaisses lignes concentriques : sur fond doré pour Monsieur Phalène picotée. Argenté pour madame.

La Phalène ornée : dentelle raffinée, un rien désuette, comme sur un éventail de soie aux tonalités d’ivoire.

La Marginée.

Reconnaissable à ses larges taches périphériques, la Marginée est visible le jour dans l’intimité du feuillage des haies.

La Boarmie pétrifiée.

Un sobre décor minéral très graphique pour la Boarmie pétrifiée, un des premiers papillons de nuit au sortir de l’hiver.

Hibernie défeuillante, chenille sur feuille de rosier.

Avec un nom pareil, l’Hibernie défeuillante n’a pas bonne réputation. Mais avouez qu’elle est belle. Même si point trop n’en faut !

L'Alternée, Phalène du gaillet (Epirrhoe alternata) / Un jardin dans le Marais poitevin.

La Phalène du gaillet, ou du pied-de-lion, alias l’Alternée, mérite qu’on s’arrête un peu sur son élégant décor.

Brocatelle dorée.

La Brocatelle dorée, dans la végétation basse, comme un tissu de soie rehaussé de motifs d’or et d’argent.

Les Sphinx

Le Moro sphinx se nourrit sans poser les pattes. En vol stationnaire, avec une précision millimétrique.

Aussi fuselé et vif que le « papillon colibri », le Sphinx gazé se distingue notamment pas ses ailes transparentes bordées de rouge.

Une douzaine de centimètres d’envergure ! Brève rencontre avec le Sphinx du liseron au petit matin. Un des plus grands papillons du jardin.

La chenille du Grand sphinx de la vigne sur Gaillet gratteron.

À défaut de discrétion, la chenille du Grand sphinx de la vigne ne manque pas d’arguments pour dissuader ses éventuels prédateurs.

Les Sésies

La Sésie de l’oseille : ses chenilles se développent plutôt dans les prairies. Sur puis au creux de la hampe des rumex.

La Grande Sésie du peuplier : une silhouette massive, des ailes transparentes… Et un si petit Monsieur !

Des anneaux abdominaux jaunes sur une dominante noire. La Sésie du groseillier se distingue aussi à ses étroites ailes hyalines et noires.

Et aussi

Comme une longue cape blanche mouchetée de noir : une allure sobrement princière pour l’élégante Hermine du chardon.

Anguleuse, rythmée de lignes roses et roussâtres :  on débusque la Timandre aimée par hasard dans la végétation basse.

Suspendu à une herbe ou à l’arrière d’une feuille, le Ptérophore blanc garde étendues ses curieuses ailes plumeuses. Comme un perpétuel orant.

Un minuscule fagot d’herbes sèches. Étrange protection, étrange destinée pour la petite Psyché lustrée. Éphémère papillon.

Jaune ocre et rose vif plus ou moins diffus : l’Ensanglantée des renouées volète le jour dans la végétation basse.

Un étonnant décor en trompe l’oeil pour la Passagère, discret papillon nocturne familier du jardin de mai à octobre, en deux générations.

En savoir plus : 

  • Hétérocères diurnes, Rainer Ulrich, 2020, Delachaux & Niestlé.
  • Le Guide nature au jardin, collectif, 2017, Salamandre.
  • Guide la la vie sauvage du jardin, Michael Chiney, 2002, Delachaux & Niestlé.

Photos JF Irastorza