Les quatre saisons du Paon du jour

Avec quatre gros « yeux » irisés pour assurance-vie, le Paon du jour illumine le jardin en toutes saisons. Et hiverne à l’état adulte.

Envergure : 65 mm. Visible de fin janvier à décembre.

Sans doute le plus spectaculaire, sinon le plus bluffant, parmi les grands voiliers du jardin. Le Paon du jour (Aglais io) n’a en effet pas son pareil pour surprendre son monde. Quel saisissant contraste entre son ténébreux profil brunâtre et l’éclat rougeoyant de ses larges ailes déployées !

Paon du jour sur lierre en fleurs.

Bien sûr, ce sont ses quatre gros « yeux » qui retiennent d’abord l’attention. À l’apex de chaque aile, leur pupille irisée joue avec le noir, le blanc, le rouge orangé et le bleu. On songe aux ocelles moirés du paon dont il tire son nom vernaculaire.

De quoi intriguer, voire effrayer les éventuels prédateurs ? En tout cas, si d’aventure les plus belliqueux donnent du bec contre ces étranges « regards », le Paon du jour sauvera l’essentiel : une aile esquintée peut-être mais sans dommage pour les organes vitaux.

Une seule génération

Il ne sera jamais trop prudent. Car si la plupart des papillons du jardin ont une espérance de vie limitée, de quelques semaines, lui fait partie des rares espèces au long cours – avec le Vulcain et la Citron notamment – qui traversent les quatre saisons en une seule génération. Né au printemps, quand ses chenilles sont assurées de trouver de généreuses touffes d’ortie, il butine tout l’été et jusqu’au bout de l’automne, pour passer l’hiver calfeutré à l’état adulte. Ce sont donc de « vieux » papillons rescapés qui émergent en février-mars, avec une seule obsession : s’accoupler et passer enfin le relai.

Au sortir de l’hiver

Paon du jour sur capitule de pissenlit.

Mi mars 2022. Vivent les pissenlits et autres plantes sauvages pour ac cueillir les premiers butineurs !

Début mars 2019. Les arbres fruitiers en fleurs, quelle régalade !

Paon du jour sur laurier tin.

Fin février 2019. Vous cherchez le Paon du jour un après-midi ensoleillé de février-mars ? Faites un tour auprès du laurier tin  !

Début mars 2024. Sur les prunelliers en fleurs des haies.

Au printemps

Mi-avril 2020. Un des premiers visiteurs de la sarriette en fleurs.

Paon du jour sur ronce en fleurs.

Début juin 2020. Au bord des haies, sur les fleurs de la ronce commune.

En été

Paon du jour sur épis de buddléia.

Mi-juin 2023. Oui bien-sûr, un passage par le buddléia s’impose mais le Paon du jour ne s’y éternise pas. Il y a tant à butiner au jardin en cette saison !

Fin juin 2023. Sur un capitule d’échinacée : après le nectar, le bain de soleil.

 

Fin juin 2023. Précieux cosmos ! Ils seront disponibles jusqu’au bout de l’automne…

En automne

Paon du jour sur menthe aquatique.

Début octobre 2022. Sur la menthe aquatique, une silhouette brun foncé et soudain…

… dans un éclair rougeoyant, les quatre « yeux » irisés du Paon du jour. De quoi surprendre voire effrayer les éventuels prédateurs.

Mi-octobre 2023. Parmi les commensaux du lierre en fleurs.

Fin-Octobre 2023. Sur les derniers capitules de la crépide fausse vipérine.

Les chenilles

Chenille du Paon-du-jour sur ortie.

Principalement sur l’ortie : une dominante noire, mouchetée de points blancs et hérissée de soies épineuses (non urticantes).

Ses longues lianes ne manquent pas de supports en bordure de Sèvre niortaise. Familier du Marais poitevin, le houblon sauvage envahit aulnes et frênes, passe d’un arbre à l’autre, se laisse parfois aller à courir sur les berges. C’est, avec l’ortie, une des principales plantes hôtes du Paon du jour.

En savoir plus : 

Photos JF Irastorza

 

Le Sphinx du liseron

Sphinx du liseron sur rudbeckias.

Une douzaine de centimètres d’envergure ! Brève rencontre avec le Sphinx du liseron au petit matin. Un des plus grands papillons du jardin.

Sphinx du liseron sur rudbeckias.

Envergure maxi : 60 mm. Visible d’avril à août.

Et dire qu’à la nuit tombée, champion de vol stationnaire, voilà un butineur aussi vif et rapide que son cousin le Moro sphinx !  Mais en « mode jour », le Sphinx du liseron (Agrius convolvuli) devient tout pataud. Pour ne pas dire inerte. Sa meilleure défense contre les prédateurs : rester immobile, ailes repliées, fondu dans la broussaille, avec des allures d’écorce ou de feuille morte.

Pour l’heure, au petit matin, il n’a pas encore trouvé son gîte pour la journée. A-t-il l’intention de s’enfoncer dans la touffe de rudbekias ? Importuné par le jardinier-photographe, il filera plutôt au creux de la haie toute proche. 

Les fleurs donnent ici l’échelle : sacrée bête ! Avec 10-12 cm d’envergure, il surprend son monde lorsqu’il ouvre les ailes. Il dévoile alors les postérieures rayées de lignes sinueuses noires, et surtout un abdomen fuselé au décor étonnant. Sur fond gris chiné, il alterne ainsi les bandes noires, blanches et vieux rose. Avec deux gros « yeux » rouges cerclés de noir à l’arrière du thorax. 

Sphinx du liseron sur rudbeckias.

Ailes refermées,  les « yeux » rouges disparaissent. Plus discrets, globuleux et noirs, les « vrais yeux » trahissent à peine une petite tête engoncée dans le puissant thorax bossu. Sinon, sous cet angle, ne dirait-on pas un morceau d’écorce ?

Comme son nom le suggère, la femelle confie sa progéniture aux liserons.

En savoir plus :

Photos JF Irastorza

 

L’Épiaire des marais

Inféodées aux zones humides, l’Épiaire des marais et ses délicates petites fleurs rose pourpre ne manquent pas d’atouts pour séduire abeilles et bourdons.

Graines et godets : on trouve assez facilement cette belle vivace sauvage en jardinerie ou en ligne. N’espérez cependant pas son développement harmonieux si votre jardin est naturellement trop sec. Comme son nom l’indique en effet, l’Épiaire des marais (Stachys palustris) est plutôt familière des bords de fossés et des prairies humides. 

Rhizomes aidant, les stations sont généralement généreuses, comme ici dans une peupleraie proche du jardin. Solides tiges ramifiées d’un bon mètre de hauteur. Feuillage lancéolé et gauffré. L’ensemble vaut surtout pour ses épis de somptueuses petites fleurs rose pourpre. 

La corolle tubulaire s’ouvre en deux lèvres superposées. En forme de casque étroit, celle du dessus protège les quatre étamines aux anthères noirâtres et le fin style bifide violacé. Plus spectaculaire, la lèvre inférieure étale largement ses quatre lobes au décor délicatement contrasté de rose et de blanc. Le subtil dessin s’organise de part et d’autre d’une ligne centrale filant vers l’entrée du tube. Comme une invitation aux butineurs.

Brosse de collecte blanche, marques abdominales jaunes sur fond noir : Madame Anthidie sept-épines prête à s’engouffrer dans une corolle d’Épiaire.

Quand Monsieur Anthidie sept-épines surveille sont territoire, c’est avec un accouplement furtif à la clé.

La longue langue du Bourdon des champs est idéale pour le fin tube de l’Épiaire des marais, sans trop enfourner le corps dans la corolle.

En savoir plus : 

  • Guide des fleurs sauvages, Richard Fitter, Alaster Fitter et Marjorie Blamey, 2009, Delachaux & Niestlé
  • Fleurs sauvages, guide nature, collectif, 2022, La Salamandre.
  • Orchidées de Poitou-Charentes et Vendée, Jean-Claude Guérin, Jean-Michel Mathé, André Merlet, Maryvonne Lorgeré, 1995, Éd. Méloé.
  • Avec l’herbier numérique du site flore-en-ligne.fr
  • Avec le site sauvagesdupoitou.com

Photos JF Irastorza