La Drave printanière

Drave printanière, fleur et silicule / un jardin dans le Marais poitevin.

On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Butineurs ou pas, les minuscules fleurs blanches de la Drave printanière ne tardent pas à fructifier.

Drave printanière / Un jardin dans le Marais poitevin.Comme son nom l’indique, la Drave printanière compte parmi les premières fleurs sauvages au sortir de l’hiver. Aussi menues que celles de la Cardamine hérissée. Mais moins haut perchées. De fines hampes sans feuille hissent les petites grappes florales à quelques centimètres seulement au-dessus des rosettes. Une discrète floraison quasi au raz du sol.

Les quatre pétales blancs sont presque aussi profondément échancrés que ceux du Mouron des oiseaux. Ils protègent six étamines jaunes cernant de près le stigmate verdâtre central.

Adepte de l’autofécondation, faute de pollinisateurs en nombre suffisant en cette saison, la Drave printanière fructifie rapidement.

Vertes, nuancées de pourpre, les silicules plates émergent avant même que ne tombent les pétales. A maturité, leur explosion libérera une multitude de petites graines. A ce jeu-là, la maligne est vite envahissante. Qu’importe dans les allées du jardin. Et même sur les planches cultivées. Elle est si vite arrachée le moment des plantations venu.

Drave printanière / Un jardin dans le Marais poitevin.

 

Le mystère de la coccinelle orange

Grande coccinelle orange (Halysia sedecimguttata), sur galle de l'érable / Un jardin dans le Marais poitevin.

Simple refuge ou petite faim ? La coccinelle orange a dû éventrer la galle de l’érable pour y pénétrer.

Galle de l'érable, sur rameau / Un jardin dans le Marais poitevin.Dans le fourré voisin, les feuilles de l’érable champêtre jonchent le sol. Et, avec elles, les petites galles qui les ont parasitées l’été dernier. Quelque-unes sont restées accrochées à certains rameaux. De petites billes brunes, percées d’un trou par où sont sorties les larves. Mais que fait donc cette coccinelle orange au creux de l’une d’entre elles ?

Seize taches blanches, bord des élytres translucide : il s’agit d’une Halysia sedecimguttata, familière des sous-bois. Elle est réputée se repaître des champignons infectant notamment le revers des feuilles. Au point que d’aucuns la verraient bien devenir auxiliaire du jardin dans la lutte contre le mildiou. N’exagérons rien !

Est-ce justement une prolifération cryptogamique à l’intérieur de la galle qui l’a poussée à l’éventrer ? Ou bien est-ce pour y dévorer la larve ? Puisque l’Halysia est aussi volontiers carnivore. A moins que cela soit tout simplement pour se mettre à l’abri… Le mystère de la coccinelle orange reste entier.

Source :

Galle de l'érable, sur feuilles mortes au pied de l'arbre / Un jardin dans le Marais poitevin.

Deux autres galles du jardin : celle de l’églantier – comme un gros pompon accroché sur la haie – provoquée par une petite guêpe, la Cynips du rosier….

… et celle du peuplier : la déformation « tire-bouchonnée » du pétiole est l’oeuvre du Pemphigus spyrothecae, un puceron très spécialisé.

 

Le Grand Bombyle

Ce n’est pas un dard mais une longue trompe : les calices les plus profonds du jardin n’ont aucun secret pour le Grand Bombyle !

Grand Bombyle / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 12 mm. Visible de mars à juin.

Dans la série des premiers butineurs de la saison, trompe en avant, voici le Grand Bombyle (Bombylius major). Le corps ramassé, brun roux, velu en diable, on dirait un petit bourdon. Très actif, il est spécialiste du vol stationnaire dans sa quête de nectar. Un peu à la manière du Moro-sphinx. Mais, ni bourdon, ni papillon, c’est une mouche.

Grand Bombyle / Un jardin dans le Marais poitevin.

Le distinguo se vérifie aisément lorsque qu’il est au repos, comme ici au pied d’une haie, sur une feuille de Ficaire notamment. Haut perché sur de longues pattes, le Grand Bombyle a les yeux globuleux des mouches. Il n’a surtout que deux ailes, reconnaissables entre toutes. Fortement nervurées, elles sont teintées de noir sur le bord antérieur.

Il n’a qu’un seul défaut. Parfaitement inoffensif pour le jardinier, il est redoutable pour les abeilles sauvages, avec un faible pour les Andrènes. Il pond en effet à l’entrée de leurs terriers et ses asticots y pénètrent pour aller dévorer larves et garde-manger. L’équilibre du jardin est parfois cruel.

Mi-mars 2020. Le Grand bombyle inaugure la floraison encore clairsemée du mirabellier.

Fin mars 2023. Au rendez-vous de l’incontournable Lierre terrestre au pied des haies.

Début avril 2023. Sur les petites fleurs bleues de la Bugle rampante.

Fin mars 2020. Grand bombyle sur Véronique de perse.

Fin mars 2023. Femelle en ponte à l’entrée d’un nid d’abeille sauvage.

Quelques cousins 

Petit bombyle sur inflorescence de crépis.

De plus petite taille mais surtout en ailes entièrement hyalines pour le Petit bombyle.

Dans la même famille, mais sans confusion possible, l’Anthracine morio est aisément reconnaissable à sa dominante noire mêlée de roux comme à ses ailes bicolores, noires et transparentes, dont la frontière est en escalier.

Bombyle ottentot sur fleurs de lierre.

L’exception qui confirme la règle : pas de longue trompe à l’avant pour le Bombyle hottentot.

En savoir plus :

  • Mouches et moustiques d’Europe, Denis Richard et Pierrez-Olivier Maquart, 2024, Delachaux & Niestlé
  • La famille des Bombyles avec le site aramel.free.fr
  • Le Grand bombyle avec le site quelestcetanimal.com
  • Bombylius major avec la galerie du site insecte.org

 Photos JF Irastorza