L’Ophrys abeille

Tout est bon pour attirer les pollinisateurs ! De ce point de vue, la combine de l’Ophrys abeille est singulière. Une superbe supercherie !

Deux bonnes raisons pour ne pas toucher aux jonquilles du jardin après la floraison. Laisser les bulbes se régénérer. Mais aussi laisser leur chance aux pieds d’Ophrys abeille (Ophrys apifera) qui, implantés là spontanément, étendent même leur station parmi les brins de muguet tout proches.

Elle n’a certes pas la prestance de l’Orchis incarnat. Voilà pourtant une orchidée sauvage pour le moins séduisante. Et insolite. Car, si comme son nom l’indique l’Ophrys abeille attire les butineurs, ce n’est pas vraiment pour butiner ! 

Sous un petit casque verdâtre abritant étamines et pistil, l’attention est évidemment retenue par le large labelle coloré. Brun, roux, jaune, orangé, gris bleuté. Excusez du peu. À l’avant de trois tépales rosés jouant les faire-valoir, c’est la piste d’atterrissage des insectes. Surtout des abeilles mâles. Et pour cause.

Par le jeu des formes et des couleurs, par une pilosité rousse et même par l’odeur, chaque fleur se donne en effet des allures d’abeille femelle. Et ces messieurs n’y résistent pas. Particulièrement ceux de la famille Eucère. En atterrissant, ils se démènent donc comme de beaux diables. Le temps de réaliser la supercherie, ils ont suffisamment secoué les étamines pour libérer le pollen. Et plus sûrement pour accrocher les pollinies ainsi transportées d’une fleur à l’autre. L’Ophrys abeille est dès lors dépourvue d’éperon nectarifère. À quoi bon. Sa stratégie du trompe-l’oeil est tout aussi efficace ! 

Sources :

Mi mai 2022. Depuis quelques jours, les leurres de l’Ophrys abeille commencent à se mettre en place au jardin. Les deux pollinies jaunes sont ici bien visibles sous l’étroit casque verdâtre. Elles s’accrocheront aux abeilles sauvages mâles attirés par l’artifice odorant et coloré du labelle. Ainsi les pseudo-copulations favoriseront-elles la dissémination du pollen d’une fleur à l’autre.

Fin janvier 2023. Petite station sous au protection au jardin.

Parmi les « cibles » de l’Ophrys abeille, l’Eucère longicorne. Mais il est plus facile de surprendre celui-ci sur une fleur de bourrache que sur le labelle de l’Orchidée illusionniste !

Ici sur une centaurée, ce mâle trimbale des pollinies jaunes involontairement « récoltées » sur les ophrys abeille alentour. Souvenir de naïves pseudo-coppulations. Comme le sparadrap du capitaine Haddock !

 

La Bugle rampante

Ancienne médicinale, familière des haies et des sous-bois, la Bugle rampante est un bon couvre-sol, généreux et coloré.

Elle côtoie le Lamier pourpre et le Lierre terrestre au pied des haies. Pas de risque de confusion. La Bugle rampante dresse un bel épi serré où le bleu-violacé des petites fleurs se mêle au vert puis au bronze d’un feuillage qui fonce et rétrécit en progressant vers le sommet de la pyramide.

Comme chez ses voisines, les fleurs Épi floral de la Bugle rampante / Un jardin dans le Marais poitevin.de la Bugle rampante présente deux lèvres ouvrant sur un long tube nectarifère. Et la lèvre inférieure à trois lobes reçoit logiquement les butineurs. Mais, au dessus, curieusement, la lèvre supérieure est atrophiée. Pour ne pas dire inexistante. Étamines et styles, qui en débordent largement, ne bénéficient donc pas d’auvent protecteur.

Cela dit, comme son nom le laisse entendre, la belle compte moins sur ses graines que sur ses stolons pour se propager. Ils rampent et s’enracinent facilement le long des haies. Un bon couvre-sol. Vite envahissant toutefois.

Jadis prisées à raison de leurs vertus cicatrisantes, les feuilles fraiches de l’Herbe au charpentier viennent parfois encore relever les salades. A petite dose toutefois. Et à condition d’en apprécier la légère amertume.

Source : 

Bugle rampante, fleur. La lèvre supérieure est à peine visible, laissant étamines et styles sans protection / Un jardin dans le Marais poitevin.

Avec une lèvre supérieure atrophiée, étamines et styles sont exposés sans protection au dessus de l’entrée du tube nectarifère.

Tulipe maraichine

Fritillaire pintade.

Le printemps est en route. En témoignent, déjà, les superbes corolles violacées de la Fritillaire pintade sur les prairies humides du marais.

Fritillaire pintade.

Une silhouette gracile jusque dans les longues feuilles lancéolées qui alternent sur la frêle hampe. La Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris) semble ployer sous la charge des clochettes à damier. À vrai dire, même en boutons, les fleurs ne sont jamais dressées. Le port retombant est leur marque de fabrique. Comme leur incomparable robe.

Particulièrement précoce cette année, la floraison s’étalera jusqu’à la fin mars. Les premiers butineurs tomberont vite sous le charme. D’autant qu’ici et là les jupons commencent à s’entrouvrir pour dévoiler de longues étamines jaunes chargées de pollen.

Cela dit, comme la Tulipe sa cousine, la Fritiliaire pintade compte aussi sur ses bulbes pour faire perdurer et développer ses colonies. Pourvu que la terre tourbeuse du marais reste humide !

Fritillaire pintade.

Une armature étoilée caractéristique qui forme une sorte d’épaulette coudée à la base de chacun des six tépales de la fritillaire.

Six étamines jaunes resserrés autour d’un style central verdâtre porteur de trois stigmates.

D’abord verdâtres puis progressivement violacés, les boutons fuselés de la fritillaire adoptent d’emblée un port retombant.

Une autre « messagère du printemps » actuellement en fleurs au pied des haies : la Ficaire fausse-renoncule visitée ici par Robert-le-Diable.

En savoir plus :

Lire le bel article consacré par le site sauvagesdupoitou.com à la Fritillaire pintade.