Discrets petits fruits

Mousse, Barbule des murs / Un jardin dans le Marais poitevin.

Une fructification lilliputienne anime, sans crier gare, les plaques de mousse du jardin, au sol, sur les cailloux et le tronc des arbres.

Mousse, Hypne cyprès / Un jardin dans le Marais poitevin.Une pierre dans un coin du jardin. Parmi celles dont la Grive musicienne se sert comme enclume, durant la belle saison, pour décortiquer ses Petits-gris. Les petits coussins de mousse qui s’y agrippent, racornis tout l’été, sont à nouveau gorgés d’eau. C’est la commune Barbule des murs. Hérissée de longs fils de soie jaune-orangé et de petites capsules cylindriques brunes, elle libérera bientôt ses spores. 

Au pied des peupliers aussi, il est temps de préparer la relève. L’Hypne cyprès y forme d’épaisses chausses où les oiseaux en quête d’insectes aiment venir fouiller. D’un rouge-brique bien soutenu, fils et capsules tranchent sur le vert changeant des longs brins de mousse. Qui a dit que le jardin ne fructifiait pas en hiver ?

Le Pinson des arbres vient régulièrement fouiller mousses et feuilles mortes, en quête d’insectes, au pied des peupliers.

Au printemps, le Troglodyte mignon n’a pas besoin d’aller bien loin pour trouver les matériaux de son nid : une boule presqu’entièrement constituée et tapissée de mousse.

Elégante striée / Un jardin dans le Marais poitevin.

La mousse fait aussi le bonheur de l’Élégante striée qui la broute volontiers.

Certaines parties enherbées du jardin mériteraient sans doute une bonne séance de scarification… En attendant, le Paon du jour apprécie les bains de soleil sur le tapis de mousse !

 

Au hasard des oiseaux

Gui dans un peuplier / Un jardin dans le Marais poitevin.

Le Gui est un parasite. Sans doute. Mais d’abord une friandise pour la Fauvette qui en disperse les graines. Et la Mésange qui en limite la propagation.

Gui sur peuplier, pied mâle et pied femelle / Un jardin dans le Marais poitevin.An neuf ou pas, allez donc cueillir un brin de Gui à la cime des peupliers du marais ! A hauteur des nids de Pie et de Frelon asiatique.

Sur les branches d’un géant couché par la tempête, celui-ci est presqu’accessible. A raison d’un nouveau segment seulement par an, quel âge ont donc ces énormes touffes aux ramifications A la cime des peupliers, voisinant ici un nid de frelons asiatiques / Un jardin dans le Marais poitevin.enchevêtrées ?

Le Gui semble avoir l’éternité devant lui. Ne confie-t-il pas ses hypothétiques rejetons aux seuls oiseaux ? A la Fauvette à tête noire notamment. Friande de ses petites baies blanches, elle en extrait la pulpe sucrée et se débarrasse des graines gluantes en s’essuyant le bec aux branches voisines.

Tant mieux pour les mésanges qui en raffolent ainsi décortiquées ! Quelques rares rescapées parviendront peut-être à germer. Elles devront alors s’agripper solidement à l’écorce pour y enfoncer un « suçoir » propre à pomper la sève. Au total, un semis pour le moins hasardeux. Heureusement pour les peupliers. Et les populiculteurs.

Source : 

Gui sur peuplier / Un jardin dans le Marais poitevin.

Parmi les baies hivernales, la mésange bleue apprécie particulièrement celles du gui accrochées aux peupliers du marais. Elle passe après la Fauvette à tête noire et la Grive draine pour se délecter de leurs restes, collés aux branches comme autant de petits chewing-gums. Intervenant avant que les graines ne germent et n’enfoncent leur suçoir dans l’écorce de peuplier, elle participe ainsi à la limiter la propagation du parasite.

 

La Reine des prés à contretemps

Reine des prés / Un jardin dans le Marais poitevin.

Inutile de chercher l’intrus. Il saute au yeux. Une reine des prés en plein hiver. Fleurie au bord d’un fossé. Et quel parfum sucré !

C’est une des plantes emblématiques du Marais poitevin. La Reine des prés abonde dans les prairies humides où ses vaporeuses inflorescences embaument tout l’été. Parfois jusqu’au milieu de l’automne.

L’exception confirmant la règle, voici un superbe pied, le Jour de l’an, au bord d’un fossé du marais mouillé de Magné. Il y a une semaine à peine, il émergeait de la première inondation hivernale !

A contretemps et pourtant vigoureux. Ses solides tiges rougeâtres portent de longues feuilles vert clair, terminées par une large foliole trilobée caractéristique. Mais c’est évidemment son nuage de petites fleurs blanches et parfumées qui retient l’attention. Toutes ne sont pas encore écloses. Le gerbe aura-t-elle le temps de s’épanouir pleinement avant les gelées ? Quoiqu’il en  soit, d’ordinaire très mellifère, il n’y a guère d’insectes pour la visiter en ce début janvier.  Une seule reine des prés ne fait pas le printemps.

Reine des prés, foliote terminale trilobée / Un jardin dans le Marais poitevin.

Photos Fernand ©