Les dents de requins de la Grisette

Hespérie de la Passe-Rose : la livrée mêle gris, brun foncé, châtain clair et même vieux rose.

C’est un petit feston dentelé qui vaut à l’Hespérie de la Passe-Rose son nom latin. Carcharodus. Une référence décalée… au Grand requin blanc !

Si les Hespéries du jardin sont difficiles à distinguer entre elles, notamment celle des potentilles et de la mauve, pas de confusion possible ici. L’Hespérie de la Passe-Rose (Carcharodus alceae), alias la Grisette, est en effet plus marbrée que tachetée.

Malgré son nom populaire, le gris est loin de dominer. Il n’intervient qu’assez discrètement, pour veiner des plages allant du brun foncé au châtain clair en passant par le vieux rose. Il s’y diffuse aussi un peu partout, sous l’effet notamment d’une pilosité assez fournie.

Comme la plupart des membres de la famille, la Grisette présente un corps plutôt massif, une large tête, de gros yeux noirs saillants et de solides antennes aux pointes noires recourbées en petits crochets.

Parmi ses signes distinctifs, le feston des ailes postérieures évoque (avec quelque imagination) les dents acérées du Carcharodon, autrement dit du Grand requin blanc. D’où son nom latin, Carcharodus. Qui a dit que les entomologistes sont trop sérieux ?

Pour le butinage, en cette saison, l’Hespérie de la Passe-Rose ne résiste pas notamment aux capitules mauves des cirses. Cela dit, elle a peut-être installé ses chenilles sur l’hibiscus du jardin. Ou les roses trémières bien entendu.

Hespérie de la mauve : les fameuses "dents de requin" en bordure des ailes postérieures.

Corps trapu, revers des ailes également marbré, pointe des antennes en forme de crochet : l’Hespérie de la Passe-rose ici sur une fleur de Pulicaire.

Fin août 2020. La Grisette sur un panicule de zinnia nain.

En savoir plus :

Photos JF Irastorza

 

L’Hélophile à bandes grises

Hélophile à bandes grises sur inflorescence de menthe sauvage.

Dans la prairie voisine, l’Hélophile à bandes grises se partage entre ses deux péchés mignons : soleil et menthe aquatique !

Taille maxi : 15 mm. Visible de mai à octobre.

À l’image de son cousin, l’Hélophile suspendu, voilà un gros et joli syrphe adepte du vol stationnaire et des bains de soleil ! Comme son nom l’indique, l’Hélophile à bandes grises (Helophilus trivittatus) s’en distingue par les rayures longitudinales grises – voire jaune pâle – qui en barrent le thorax noir. Grise également, une marque en forme de W orne discrètement l’avant dernier segment de l’abdomen.

Cela dit, ce sont évidemment ses larges taches abdominales jaune citron qui retiennent d’emblée l’attention. Une vague allure de guêpe. À défaut de discrétion, voilà une façon, toute pacifique pourtant, comme le vol bruyant, de dissuader d’éventuels prédateurs.

Inféodé aux zones de marais, l’Hélophile à bandes grises fréquente particulièrement les « baisses » des prairies humides et les fossés peu profonds. C’est là, dans la vase et les eaux boueuses, que se développent ses larves. Avec la célèbre « queue de rat » qui leur tient lieu de tuba. La spécialité des Éristales, une des tribus de la grande famille des syrphes.

Hélophile à bandes grises dans son exercice favori : le bain de soleil.

Les ailes translucides laissent entrevoir la courbure en V de la nervure médiane, caractéristique des Éristales.

Long bain de soleil entre deux butinages !

Sur les dernières fleurs de salicaire. Avec le W gris bien visible sur le quatrième segment de l’abdomen.

Au repos sur une feuille de ronce.

Parmi les nombreux butineurs de la planche de moutarde blanche.

En savoir plus :

  • Mouches et moustiques d’Europe, 2024, Denis Richard et Pierre-Olivier Maquart, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • L’Hélophile à bandes grises avec le site quelestcetanimal.com

 Photos JF Irastorza 

La Punaise verte ponctuée

Une ligne de points blancs et noirs caractéristiques : la Punaise verte ponctuée, pas forcément bienvenue au potager !

Punaise verte ponctuée : la pointe des ailes membraneuses est d'un vert soutenu.

On a vu ce printemps comment la petite mouche Trichopoda pennipes se taille une solide réputation en parasitant la Punaise verte ponctuée (Nazara viridula). D’accord mais pourquoi « ponctuée » et quelle différence avec la punaise verte « ordinaire » (Palomena prasina) ?

Punaise verte ponctuée : une ligne de points noir également de part et d'autre sur la face ventrale.

Tailddle maxi : 16 mm. Visible toute l’année.

On les distingue assez facilement. La première porte en effet, d’où son nom, trois petits points blancs entre deux points noirs à la limite entre corselet et écusson. Par ailleurs, la transparence de la pointe de ses ailes est d’un vert nettement soutenu alors qu’elle est brune chez la seconde.

Au jardin, elles sont aussi peu désirables l’une que l’autre. L’ordinaire s’attaque plutôt aux fruits. La ponctuée plutôt aux légumes. Notamment aux tomates.

Comme souvent, ce sont surtout les larves qui, par leur nombre et leur comportement grégaire, peuvent causer des ravages. Mieux vaut les « ramasser » avant leur dispersion. Mais on peut donc aussi compter sur leurs parasites. Ainsi, cette punaise ordinaire (voir ci-dessous) présente un petit oeuf blanc à gauche derrière la tête. Peut-être celui d’une Trichopoda pennipes. Dès l’éclosion, la larve trouvera vite la faille pour pénétrer son hôte involontaire et s’en nourrir. Vivent les mouches auxiliaires ! 

La pointe des ailes membraneuses de la Punaise verte « ordinaire » (Palomena prasina) est brune. Celle-ci semble avoir été la cible d’une mouche parasite dont l’oeuf est collé sur « l’épaule » gauche.

La larve de Punaise verte ponctuée cherche le « chemin » pour atteindre la baie juteuse du Coqueret du Pérou !

Mi-octobre. Le troupeau de la nurserie commence à se disperser. Chacune pour soi désormais. La Punaise verte ponctuée peut compter jusqu’à quatre générations par an. Et ses larves mettent un peu plus d’un mois pour devenir adulte. Celle-ci a donc encore tout son temps avant de trouver un refuge sûr pour hiverner.

En savoir plus : 

  • Hémiptères de France, 2015, Romain Garrouste, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photos des insectes, Heiko Bellmann, 2019, Delachaux & Niestlé.
  • Le guide nature au jardin, collectif, 2017, Salamandre.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • La Punaise verte ponctuée avec le site quelestcetanimal.com

Photos JF Irastorza