Monsieur Anthidie interrompue

Monsieur Anthidie interrompue sur capitule d'artichaut.

Clipéus et mandibules blanc nacré : et si la fantaisie faciale de Monsieur Anthidie interrompue était avant tout dissuasive ?

Monsieur Anthidie interrompue sur capitule d'artichaut.En référence au bouclier des soldats antiques, le clipéus protège la face des abeilles sauvages. Entre les deux yeux. Juste au dessus des mandibules. Chez Monsieur Anthidie interrompue (Trasucha interrupta), cette « plaque » est beaucoup plus qu’une protection. Belliqueux, il faut le voir en effet défendre son territoire en fonçant sur concurrents et intrus. Alors, quand on joue les béliers, mieux vaut avoir la tête dure !

Est-ce pour cela que, contrairement à la plupart des autres membres de la famille, y compris Madame, ladite « plaque » n’est pas jaune, à l’unisson des rayures abdominales, mais blanc nacré. Comme les mandibules d’ailleurs. Histoire d’impressionner son monde peut être…

Ainsi, depuis plusieurs années, d’une génération l’autre, les Anthidies du jardin semblent avoir conclu une sorte de pacte territorial : la Mélisse officinale pour l’Anthidie à manchettes, les artichauts en fleurs pour l’Anthidie interrompue. Quand à l’Anthidie sept-épines, elle est personae non grata. Qu’importe : les salicaires sur le bord du halage lui vont très bien ! 

Sources : 

Monsieur Anthidie interrompue sur capitule d'artichaut.

Anthidie interrompue sur capitule d'artichaut en fleurs.

Les marques abdominales des anthidies s’ordonnent habituellement par paires. L’Anthidie interrompue fait exception dans la famille avec trois bandes continues, quoiqu’échancrées, sur la moitié postérieure de l’abdomen.

 

La Melline des champs

Melline des champs sur inflorescence d'achillée.

Une guêpe au corps luisant. Amatrice de pollen et carnassière, la Melline des champs participe à la régulation des mouches pour nourrir ses larves.

Melline des champs sur inflorescence d'achillée.Toujours en mouvement, la Melline des champs (Mellinus arvensis) prend aussi le temps du butinage. Ici sur une inflorescence d’achillée, cette guêpe de taille moyenne (1,5 cm pour la femelle) ne rechigne pas devant pollen et nectar. Cela dit, c’est aussi une redoutable chasseuse de mouches !

Bien entendu, ses larves se partageront l’essentiel du butin. Anesthésiées, les proies sont ainsi traînées vivantes jusqu’au terrier et réparties dans les différentes cellules. Cela dit les adultes se régalent aussi volontiers d’un broyat de mouche dont ils aspirent les sucs ! De quoi se requinquer en cas de mauvais temps prolongé.

La Melline des champs se reconnaît facilement à son pétiole court mais nettement marqué. Autres signes distinctifs : quatre bandes jaunes abdominales, la seconde parfois échancrée, la troisième toujours interrompue. Des pattes jaune orangé aux fémurs tachés de noir. Enfin, des marques jaunes sur le pourtour du thorax, la naissance des antennes et l’encadrement de la face. Sans oublier les mandibules également soulignés de jaune. Le comble du raffinement pour une chasseuse.

Sources :

Melline des champs sur inflorescence d'achillée.

Quatre bandes jaunes abdominales : la seconde est ici fortement échancrée, la troisième, plus fine, est interrompue. À noter également les pattes jaunes aux jointures orangées, avec des fémurs largement tachés de noir.

Quelques autres guêpes du jardin : l’Eumène unguiculé, guêpe potière XXL, chasseuse de chenilles…

… la petite Ectemnius continuus punctatus, alias la Guêpe des syrphes qui constituent l’essentiel des provisions de sa progéniture…

La Scolie hirsute sur origan en fleurs / Un jardin dans le Marais poitevin.

… la Scolie hirsute, noire avec deux bandes jaunes, chasseuse du trop fameux ver blanc ravageur de racines…

Le Sphex gryllovore sur fleurs d'origan / Un jardin dans le Marais poitevin.

… l’impressionnant Sphex gryllivore, tranquille butineur et, comme son nom l’indique, chasseur de grillons …

Isodonte mexicaine introduisant une sauterelle dans une tige de bambou / un jardin dans le Marais poitevin.

… et l’Isodonte mexicaine, chasseuse de sauterelles qu’elle enfourne dans les tiges de bambou où elle installe sa progéniiture.

 

Le Gastéruption à javelot

Aussi redoutable qu’apparemment fragile : le Gastéruption à javelot parasite les abeilles sauvages. Avec pareille tarière, aucun nid ne lui résiste !

Dans la grande famille des Ichneumons, je demande… Celui-ci butine une inflorescence d’achillée. Il n’est pas bien gros. Plutôt filiforme et long. Très long. C’est évidemment la tarière de la femelle qui en accentue l’impression. Et comme pour mieux souligner la démesure, une tache blanche en marque la pointe.

À l’opposé, sur une dominante noire luisante, l’abdomen est en partie taché de rouge. Souvent dressé, il émerge haut à l’arrière du thorax. D’où cette silhouette caractéristique qui lui vaut son nom imagé : le Gastéruption à javelot (Gastéruption jaculator).

Las ! Si nombre d’Ichneumons traquent chenilles et larves de ravageurs pour installer leur progéniture, la cible ici fait moins l’unanimité des jardiniers : les abeilles sauvages ! La longue tarière a ainsi raison des nids les plus profonds et les mieux calfeutrés. Un oeuf par nid. Au plus près du couvain. Chaque intrus dévorera ses concurrents et se développera au dépens de leur garde-manger. C’est aussi ça la biodiversité !

Sources : 

Sur une inflorescence d’achillée, en compagnie d’un Lepture fauve. La comparaison entre les deux amateurs de pollen renforce le côté filiforme du Gastéruption à javelot.