L’Andrène agile chez sainte Catherine !

Comme chaque printemps, l’église Sainte-Catherine de Magné accueille quelques nids d’andrènes agiles. Ici, les pattes arrière chargées de pollen jaune, une femelle approvisionne son couvain au creux du mortier séculaire.

L’Andrène agile investit ordinairement talus ou vieux murs pour aménager son nid. Alors, pourquoi pas l’église Sainte-Catherine de Magné ?

L'Andrène agile chez sainte Catherine !

Des dizaines d’abeilles solitaires réunies en une petite congrégation : les nids des « colocataires de sainte Catherine » ne sont pas loin les uns des autres certes. Mais en toute indépendance.

Au jardin, on la voit depuis quelques temps sur la Moutarde blanche et sur les pommiers en fleurs. Et voilà déjà la période de nidification pour l’Andrène agile (Andrena agilissima) dont les femelles, hyper actives, creusent et aménagent les galeries souterraines où elles vont bientôt pondre.

Pour cela, elles apprécient ordinairement les parois verticales. Un talus au pied d’une haie par exemple fait très bien l’affaire. Ou les murs d’une vieille grange. Mais là, en toute simplicité, elles ont jeté leur dévolu sur le mur nord de l’église Sainte-Catherine de Magné (Deux-Sèvres) !

Les joints de mortier séculaire se prêtent il est vrai merveilleusement aux excavations. Elles sont ainsi plusieurs dizaines à s’affairer. Cela dit, la promiscuité à ses limites. Car l’Andrène agile reste une abeille solitaire. Ensemble, elles vont constituer une petite « bourgade ». Soit. Pour autant, à chacune son couvain !

Accessible depuis le parement du mur nord, chaque « terrier » desservira une véritable nurserie organisée en une dizaine de cellules. Avec un oeuf et son « garde-manger » par cellule. Sitôt l’éclosion, chaque petite larve trouvera son casse-croute : une belle boulette de pollen mêlé de nectar. De quoi préparer la nymphose puis la longue attente avant l’émergence. Au printemps prochain. Sous la protection de sainte Catherine !

L'Andrène agile chez sainte Catherine !

Une dominante noire aux reflets bleutés : l’Andrène agile présente des mèches blanches sur la face, les flancs arrière de l’abdomen et le pourtour du thorax. Les brosses de collecte des femelles, sur les pattes arrière, sont également blanches.

L’installation des colocataires

L'Andrène agile chez sainte Catherine !

Avant de pondre puis de collecter pollen et nectar pour approvisionner le nid, l’Andrène argile doit se faire terrassière. À coups de pattes et de mandibules… On ne voit là que des femelles : les mâles, passé l’accouplement, ont disparu de la circulation !

L'Andrène agile chez sainte Catherine !

Il n’y a qu’une seule génération par an chez l’Andrène agile. L’actuelle disparaîtra en juillet. Et la suivante patientera jusqu’en avril prochain, bien à l’abri dans le mortier de l’église Sainte-Catherine !

Pas de danger !

L'Andrène agile chez sainte Catherine !

Les allées et venues des  « colocataires » du mur nord de l’église de Magné ont pu inquiéter quelques passants. Surtout lors de l’aménagement. Mais non, il ne s’agit pas d’un essaim. À proprement parler, les andrènes ne sont d’ailleurs pas grégaires. Si elles peuvent partager un même site de nidification, parfois le même « vestibule », les nids y sont totalement indépendants. Elles n’ont pas de reine ni de nid collectif à défendre collectivement. Bref, elles ne présentent guère de danger. Le mieux est de les laisser tranquilles !

L'Andrène agile chez sainte Catherine !

Pourquoi creuser quand un « terrier » abandonné offre une belle opportunité ? Ainsi,  malgré quelques vestiges de toile d’araignée à l’entrée, cette cavité semble inoccupée. Une exploration s’impose. On perçoit bien ici les reflets bleutés des ailes et de l’abdomen.

Mais gare ! Le piège ici est tout frais et la Ségestrie florentine ne fait pas de quartier !

L’Andrène agile au jardin

Sur la Moutarde blanche : ne l’appelle-t-on pas parfois l’Andrène des crucifères ?

Sur la sarriette en fleurs.

En pause sur un pétale de tulipe.

En savoir plus :

  • Bellmann 2019, Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, Delachaux & Niestlé.
  • Boyer 2015, Abeilles sauvages, Ulmer.
  • Vereecken 2018, Découvrir et protéger nos abeilles sauvages, Glénat.
  • L’Andrène agile avec le site quelestcetanimal.com
  • Andrena agilissima avec la galerie du site insecte.org

Photos JF Irastorza 

 

La Mélecte commune

Mélecte commune sur Grémil bleu-pourpre.

Abeille-coucou attitrée de l’Anthophore plumeuse, la noire Mélecte commune rôde au long des talus en fleurs. Dans l’attente de l’instant propice…

Taille maxi : 16 mm. Visible d’avril à juillet.

Au pied d’une haie où court et s’épanouit le Grémil bleu pourpre. Chaque printemps, en mars-avril, on y rencontre notamment deux abeilles sauvages inséparables. La Mélecte commune (Melecta albifrons) et l’Anthophore plumeuse (Anthophora plumides). Un duo mortifère.

Anthophore plumeuse, cible privilégiée de la Mélecte commune.

Le talus des fossés, au pied des haies, c’est le paradis pour l’Anthophore plumeuse : une terre facile à creuser pour aménager son nid et des fleurs à gogo au printemps ! Nétait la Mélecte commune qui rôde…

Elles ne se ressemblent guère. La première est à dominante noire, le thorax brun grisâtre, les pattes et les flancs animés de petites touffes blanches. La seconde a un côté nounours, la silhouette plus ramassée, avec une fine fourrure gris fauve. C’est surtout une stakhano du butinage. Vive, toujours en mouvement, insaisissable.

La mélecte aussi butine. Mais tranquille. Avec une seule bouche à nourrir. La sienne ! Alors que l’industrieuse anthophore, elle, doit garnir le garde-manger de sa progéniture. 

On l’aura compris : la première est une abeille-coucou, la seconde sa cible. Avec une stratégie toute simple : surveiller les allées et venues de l’anthophore pour profiter de son absence au nid. Le temps d’une nouvelle collecte. Juste assez pour aller pondre : un oeuf par cellule. Sitôt éclose, chaque larve intruse croquera sa concurrente pour mieux s’approprier ses réserves de nectar et de pollen. 

Pas la bienvenue !

Mélecte commune sur Grémil bleu-pourpre.

Mine de rien, la mélecte butine et surveille les allées et venues de sa cible…

Et puisque le jardin accueille ordinairement l’Anthophore à pattes plumeuses, la Mélecte commune ne saurait manquer le rendez-vous ! Ici sur une inflorescence de phacélie.

Mais attention ! L’abeille-coucou doit faire vite. L’anthophore chargée de pollen peut revenir à tout moment. Si elle surprend alors l’intruse, elle aura tôt fait de la chasser manu militari. Non mais !

L’Anthophore vient de surprendre la Mélecte sur une inflorescence de Phacélie. Ni une, ni deux : elle fonce pour la déloger !

En savoir plus :

  • Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, Bellmann, 2019, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, JF Irastorza, 2026, La Geste éditions.
  • Melecta albifrons avec la galerie du Monde des insectes

Photos JF Irastorza 

 

La Pyrale des buissons

La Pyrale des boissons.

Toutes les pyrales ne sont pas ravageuses des cultures ! Les chenilles de la Pyrale des buissons préfèrent le plantain des prairies.

Envergure maxi : 18 mm. Visible d’avril à fin septembre. Ici sur une feuille de Plantain lancéolé, une des plantes-hôtes favorites de la Pyrale des buissons.

La discrète silhouette triangulaire des pyrales : mais, pas de panique, les chenilles de celle-ci ne s’attaquent ni au buis, ni aux légumes, ni au maïs, ni à la menthe…Comme son nom ne le suggère pas, la Pyrale des buissons (Pyrausta despicata) préfère confier sa progéniture aux prairies alentours. Avec une préférence pour le plantain.

Au repos, elle garde les ailes antérieures à demi écartées. Elle dévoile ainsi un peu des postérieures, brun foncé, barrées d’une large bande irrégulière et d’une ligne plus fine, toutes deux jaune beige. Avec un clin d’oeil à l’abdomen, noirâtre, rythmés de fins anneaux blanc crème.

La dominante des ailes antérieures est très changeante d’un individu l’autre. Sans toutefois égaler l’éclat de la Pyrale pourprée. Ni même de la Pyrale de la menthe. L’impression est le plus souvent assez terne, avec un camaïeu de brun plus ou moins clair, de gris, de beige et de chamois. Voire de roux ici sur le thorax.

La Pyrale des buissons.

Il existe un bon millier d’espèces de pyrales, souvent nocturnes, avec des livrées plus ou moins délavées. La Pyrale des buissons volète plutôt le jour, dans la végétation basse des prairies. Et dans les allées du jardin !

Plongée dans la corolle d’un bouton d’or.

Lumineuse cousine

Même silhouette, même taille, mais un décor purpurine et d’or pour la Pyrale pourprée !

En savoir plus :

  • Hétérocères diurnes, 2020, Rainer Ulrich, Delachaux & Niestlé.
  • Guide photo des insectes, 2019, Heiko Bellmann, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • La Pyrale des buissons avec Les Carnets nature de Jessica
  • Pyrausta despicata avec le site papillons-poitou-charentes.org

Photos JF Irastorza