Le Mouron rouge

Mouron rouge / Un jardin dans le Marais poitevin.

Le Mouron rouge ou des champs passerait inaperçu. N’étaient ses petites fleurs. Prudence, la petite sauvageonne est aussi charmante que toxique.

Il rampe discrètement dans les prairies comme au bord des chemins. Le Mouron rouge (Anagallis arvensis) parvient parfois à se dresser à la faveur des graminées qui lui servent de support. Au jardin, il peut vite devenir envahissant. Sans risque toutefois de concurrence et d’étouffement pour les légumes. Il est si gracile !

Feuilles ovales, revers parsemé de petits points noirs / Un jardin dans le Marais poitevin.Son port rameux et léger évoque le Mouron des oiseaux. Mais gare ! Si celui-ci est comestible, et même savoureux, avec de petites feuilles au goût de noisette ajoutées à la salade, le Mouron rouge, lui, est toxique. Y compris pour les oiseaux qui d’ailleurs en boudent les graines.

Cela dit, il n’y a guère de confusion possible. Surtout lorsqu’il est en fleurs : de charmantes petites étoiles rouge-orangé, au coeur pourpre et aux étamines jaunes bien saillantes. Rien de comparable avec les minuscules corolles du Mouron des oiseaux, blanches, aux pétales profondément échancrés.

Et puisqu’il s’agit de consommer (ou non ) les feuilles, il suffit de les retourner : celles du Mouron rouge ont un revers immédiatement reconnaissable, parsemé de petits points noirs. Mieux vaut s’abstenir.

En savoir plus sur le Mouron rouge avec le site abiris.snv.jussieu.fr

Les fleurs du Mouron rouge ne durent qu'une journée, aussitôt remplacées par l'éclosion de nombreux boutons / Un jardin dans le Marais poitevin.

A chacun sa gourmandise

Abeille sur inflorescence de Cornouiller sanguin / Un jardin dans le Marais poitevin.

Des constellations de petites étoiles blanches dans les haies : les inflorescences du Cornouiller sanguin ne séduisent pas que les abeilles !

Cétoine dorée sur fleur de Cornouillé sanguin / Un jardin dans le Marais poitevin.En ce début mai, un peu partout dans les haies, la floraison du Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) succède notamment à celles du prunellier, du merisier et de l’aubépine. En compétition avec les grandes ombelles du sureau, elle se taille malgré tout un joli succès auprès des abeilles. Mais pas seulement.

Trichie commune (Trichius zonatus) / Un jardin dans le Marais poitevin.Elle n’a pourtant pas une odeur particulièrement agréable. Qu’importe. Comment résister à ces petites étoiles d’un blanc si pur ? Du moins n’y a-t-il pas trop à se poser de questions pour trouver le chemin du nectar. Et encore moins pour le pollen dont les quatre petits sacs sont dressés bien en évidence. Il n’y a qu’à se servir !  

Hélophile suspendu sur inflorescence de cornouiller sanguin / Un jardin dans le Marais poitevin.La Cétoine dorée ne s’en prive pas. La Trichie commune (Trichius zonatus), sa cousine au thorax velu roussâtre, non plus. Pas de détail avec elles : tout est bon à brouter. L’Hélophile suspendu est plus délicat. Amateur de nectar, bien-sûr, il n’en prend pas moins ici une étamine pour une sucette. À chacun sa gourmandise. 

En savoir plus sur le Cornouiller sanguin, plante mellifère, avec le site apiculture.net

D'un vert franc, avec ses nervures arquées caractéristiques, le feuillage du Cornouiller sanguin rougit en fin d'été et en automne : Un jardin dans le Marais poitevin.

La Cétoine dorée, vert métallique, avec des reflets bronze, les élytres ornés de macules transverses blanchâtres.

Mai 2020. Le Syrphe du groseillier invité du Cornouiller sanguin.

L’Orchis pyramidal

Des petits oasis préservés ici et là sur la pelouse : l’Orchis pyramidal peut tromper les papillons en toute quiétude !

Dans les parties enherbées du jardin, de petits piquets invitent la tondeuse à prudence. Il y a là quelques précieuses rosettes dont il vaut mieux préserver les abords. Place à l’Orchis pyramidal !  Ainsi, depuis quelques jours, les frêles orchidées dressent haut leur fine hampe, ici comme un peu partout dans les prairies et au bord des chemins. 

Plus coniques que pyramidaux, les épis floraux commencent à s’épanouir par la base. Avec de petites fleurs uniformément rose pâle. Sans tâches ni marbrures. Seule exception à cette sobriété, la lèvre inférieure est profondément trilobée.

Les échancrures pointent l’entrée de l’éperon que nombre d’insectes jureraient nectarifère. Un éperon si long et filiforme qu’il convient parfaitement aux papillons. Or, l’Orchis pyramidal ne produit aucun nectar. À défaut, son inflorescence est un leurre efficace. Elle imite assez bien celle d’espèces plus généreuses. Notamment le Trèfle des prés et surtout le Sainfoin. Comme l’Ophrys abeille à sa manière, voilà donc une des belles mystificatrices du jardin !

Uniformément roses, les petites fleurs présentent un labelle profondément trilobé / Un jardin dans le Marais poitevin.

La rosette automnale de l’Orchis pyramidal : un piquet de bambou pour éviter les piétinements et les coupes intempestives de la tondeuse !

Fin mai. Pourquoi se fatiguer à produire du nectar quand il suffit de le faire croire ? Comme nombre d’orchidées sauvages, l’Orchis pyramidal pousse très loin la supercherie. Elle met ainsi en scène des centaines de petites fleurs regroupées en épi, chacune dotée d’un éperon filiforme censé être nectarifère. Autant de leurres adaptés à la longue trompe des papillons. Et même la petite Carte de géographie ici se laisse gruger. Bonne fille, elle tente et retente sa chance d’une fleur l’autre. En vain évidemment. Ainsi va la pollinisation de l’Orchis pyramidal.

Fin mai. Vaine exploration pour l’abeille domestique.

Fin janvier . Petite station sous haute protection au jardin.

En savoir plus : 

  • Guide des fleurs sauvages, Richard Fitter, Alaster Fitter et Marjorie Blamey, 2009, Delachaux & Niestlé
  • Fleurs sauvages, guide nature, collectif, 2022, La Salamandre.
  • Orchidées du Poitou-Charentes et Vendée, J-C Guérin, J-M Mathé, André Merlet et Maryvonne Lorgeré, 1995, 2d. Méloé.
  • Avec l’herbier numérique du site flore-en-ligne.fr
  • Avec le site sauvagesdupoitou.com

Photos JF Irastorza