L’Anthophore à pattes plumeuses

Anthophore plumeuse, mâle, longues soies plumeuses sur les pattes médianes / Un jardin dans le Marais poitevin.Ce n’est pas à sa fourrure mais aux longues soies des pattes médianes, apanage de Monsieur, que l’Anthophore plumeuse doit son qualificatif.

Anthophore plumeuse sur fleur de romarin / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 16 mm. Visible de mars à juin.

S’il fallait désigner la « chouchou » du jardin, ce serait assurément l’Anthophore à pattes plumeuses (Anthophora plumipes). D’abord parce que la solide abeille sauvage est une butineuse hors pair. Elle était déjà là fin février et, depuis, elle n’arrête jamais. Par tous les temps.

Et comment résister au charme de cette petite peluche ? Son abondante fourrure, jusque sur la face, mêle blanc crème, gris cendré, fauve et brun roux. Trapue, avec ses petits yeux noirs, luisants, elle ne manque pas d’allure.

Et quelle vivacité… C’est peut-être le seul défaut de l’Anthophore à pattes plumeuses. Du moins au regard du photographe. Difficile en effet de la suivre. Dans ses brusques allées et venues naturellement. Mais aussi lorsqu’elle butine. On la voit partout, sur le romarin, les fruitiers, la phacélie, les fleurs sauvages, les arbustes d’ornement, les primevères et les violettes, La « stakhano » n’a pas de temps à perdre. Elle prépare donc sa très longue langue avant même d’arriver sur la fleur. Droit au but. C’est l’affaire deux à trois secondes. Et vite à la suivante.

Omniprésente dans le cortège des arbres bruiteurs, du cerisier…

… aux pommiers ! On voit bien ici les longues soies des pattes médianes de ce mâle.

Pas si fréquent de pouvoir approcher une Anthophore pendant son bain de soleil !

Heureusement, il y a les fleurs sauvages au sortir de l’hiver pour l’accueillir. Ici le Lamier pourpre.

Sur la généreuse floraison de la bourrache.

Sur un épi de Bugle rampante.

Au pied des haies, à l’appel du Grémil bleu-pourpre.

Dans les allées du jardin, sur les inflorescences du Trèfle du prés.

Chaque début mars, les premières Anthophores plumeuses (mâles) ne manquent pas le rendez-vous du romarin. Deux à trois secondes par fleur suffisent avec pareille langue !

Et voilà Madame ! 

Pas de pattes médianes frangées de longues soies pour la femelle mais une brosse de collecte aux postérieures.

Le plus souvent, la brosse de collecte est à l’unisson de la fourrure brun-gris de l’anthophore…

… avec une variante rouge-orangée, plus rare, du moins en Poitou. Ici sur la Consoude officinale.

Gare à l’abeille-coucou !

Dominante noire, mèches blanches sur les pattes et les flancs : la Mélecte commune, abeille-coucou attitrée de l’Anthophore à pattes plumeuses. Ici sur le Grémil pourpre bleu.

La noire Mélecte fréquente les mêmes sites de butinage que sa cible. Instinctivement, l’anthophore sent bien que cela ne présage rien de bon. Elle lui fait donc la chasse. Elle se présente ainsi en vol stationnaire à quelques centimètres. Si l’intimidation ne suffit pas, elle fonce et la percute pour la faire déguerpir !

En savoir plus :

  • Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, Bellmann, 2019, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, JF Irastorza, 2026, La Geste éditions.
  • L’Anthophore à pattes plumeuses avec le site quelestcetanimal.com
  • Les anthophores avec le site aramel.free.fr

 Photos JF Irastorza 

 

L’Éristale bronzé

Petit éristale bronzé sur Véronique de Perse.

Parmi les premiers butineurs de l’hiver finissant, familier des zones humides, le petit Éristale bronzé fréquentera le jardin jusqu’en automne.

Petit éristale bronzé sur Véronique de Perse.

Taille maxi : 9 mm. Visible de mars à novembre.

Sa petite taille (moins d’un centimètre) et sa dominante foncée en font un hôte très discret du jardin. Et pourtant, en plusieurs générations successives, l’Éristale bronzé (Eristalinus aeneus) y compte parmi les butineurs les plus actifs et assidus. De la fin février jusqu’en novembre.

Mâles et femelles viennent d’émerger. Ils ont passé l’hiver calfeutrés au creux d’une haie ou sous une litière de feuilles mortes. Comme souvent chez les mouches éristales, leurs larves amphibies participeront bientôt à l’épuration des eaux plus ou moins fangeuses dont elles filtrent les matières organiques.

À vrai dire, on y prêterait guère attention sans ces grands yeux si particuliers. Jointifs en l’occurence chez le mâle, jaune clair, très finement velus sur le dessus, ils apparaissent constellés de minuscules points brun rougeâtre. 

En attendant l’abondance du printemps, l’Éristale bronzé jette ici son dévolu sur des fleurs à sa mesure. Les petites corolles bleues de la Véronique de Perse. Entre deux virées sur le Laurier tin.

En fin d’hiver

Petit éristale bronzé sur Véronique de Perse.

Fin février : les corolles de la Véronique donne l’échelle du petit éristale !

Début mars. Sur le Laurier tin. Les bandes thoraciques sont ici entièrement estompées.

Au printemps

Mi avril, sur la Sarriette en fleurs. Une dominante sombre, aux reflets bronze, parfois cuivrés, avec de fines bandes beiges sur le thorax.

En automne

Fin septembre, sur les capitules jaunes du Bident feuillé. Ici une femelle aux yeux disjoints.

En savoir plus : 

Photos JF Irastorza

 

Les quatre saisons du Paon du jour

Avec quatre gros « yeux » irisés pour assurance-vie, le Paon du jour illumine le jardin en toutes saisons. Et hiverne à l’état adulte.

Envergure : 65 mm. Visible de fin janvier à décembre.

Sans doute le plus spectaculaire, sinon le plus bluffant, parmi les grands voiliers du jardin. Le Paon du jour (Aglais io) n’a en effet pas son pareil pour surprendre son monde. Quel saisissant contraste entre son ténébreux profil brunâtre et l’éclat rougeoyant de ses larges ailes déployées !

Paon du jour sur lierre en fleurs.

Bien sûr, ce sont ses quatre gros « yeux » qui retiennent d’abord l’attention. À l’apex de chaque aile, leur pupille irisée joue avec le noir, le blanc, le rouge orangé et le bleu. On songe aux ocelles moirés du paon dont il tire son nom vernaculaire.

De quoi intriguer, voire effrayer les éventuels prédateurs ? En tout cas, si d’aventure les plus belliqueux donnent du bec contre ces étranges « regards », le Paon du jour sauvera l’essentiel : une aile esquintée peut-être mais sans dommage pour les organes vitaux.

Une seule génération

Il ne sera jamais trop prudent. Car si la plupart des papillons du jardin ont une espérance de vie limitée, de quelques semaines, lui fait partie des rares espèces au long cours – avec le Vulcain et la Citron notamment – qui traversent les quatre saisons en une seule génération. Né au printemps, quand ses chenilles sont assurées de trouver de généreuses touffes d’ortie, il butine tout l’été et jusqu’au bout de l’automne, pour passer l’hiver calfeutré à l’état adulte. Ce sont donc de « vieux » papillons rescapés qui émergent en février-mars, avec une seule obsession : s’accoupler et passer enfin le relais.

Au sortir de l’hiver

Paon du jour sur capitule de pissenlit.

Vivent les pissenlits et autres plantes sauvages pour ac cueillir les premiers butineurs !

Les arbres fruitiers en fleurs, quelle régalade !

Paon du jour sur laurier tin.

Vous cherchez le Paon du jour un après-midi ensoleillé de février-mars ? Faites un tour auprès du laurier tin  !

Sur les prunelliers en fleurs des haies.

Au printemps

Un des premiers visiteurs de la sarriette en fleurs.

Paon du jour sur ronce en fleurs.

Au bord des haies, sur les fleurs de la ronce commune.

En été

Paon du jour sur épis de buddléia.

Oui bien-sûr, un passage par le buddléia s’impose mais le Paon du jour ne s’y éternise pas. Il y a tant à butiner au jardin en cette saison !

Sur un capitule d’échinacée : après le nectar, le bain de soleil.

 

Précieux cosmos ! Ils seront disponibles jusqu’au bout de l’automne…

En automne

Paon du jour sur menthe aquatique.

Sur la Menthe aquatique, une silhouette brun foncé et soudain…

… dans un éclair rougeoyant, les quatre « yeux » irisés du Paon du jour. De quoi surprendre voire effrayer les éventuels prédateurs.

Parmi les commensaux du lierre en fleurs.

Sur les derniers capitules de la crépide fausse vipérine.

Les chenilles

Chenille du Paon-du-jour sur ortie.

Principalement sur l’ortie : une dominante noire, mouchetée de points blancs et hérissée de soies épineuses (non urticantes).

Ses longues lianes ne manquent pas de supports en bordure de Sèvre niortaise. Familier du Marais poitevin, le houblon sauvage envahit aulnes et frênes, passe d’un arbre à l’autre, se laisse parfois aller à courir sur les berges. C’est, avec l’ortie, une des principales plantes hôtes du Paon du jour.

En savoir plus : 

Photos JF Irastorza