Avec la complicité du vent

Mercuriale annuelle, pied mâle / Un jardin dans le Marais poitevin.

Munies de petits crochets, les graines de la Mercuriale annuelle s’accrochent à tout ce qui passe. Elles sont alors confiées à Mercure, dieu des voyageurs. Encore faut-il d’abord que le pollen arrive à bon port…

Merciale annuelle, pied femelle / Un jardin dans le Marais poitevin.On ne va pas se mentir. Toutes les petites plantes sauvages du jardin n’ont pas le raffinement de la Véronique de Perse ou la saveur de la Cressonnette ! Ni même le charme discret de l’Euphorbe réveille-matin. Qu’importe. La Mercuriale annuelle retient malgré tout l’attention. Par son hasardeuse sexualité. 

D’un côté les pieds femelles et, jamais très loin, les pieds mâles. Seuls les épis floraux jaune-vert de ces derniers sont bien visibles. En toutes saisons. Même en ce début janvier. Plus pudiques, les femelles cachent leurs petites fleurs sous l’aisselles de leurs feuilles. La fécondation est d’autant moins gagnée d’avance que ni l’une ni l’autre ne produit de nectar… Il ne faut donc pas compter sur les insectes pour véhiculer le pollen. Alors, quand celui-ci est bien mûr, les fleurs mâles explosent littéralement. En espérant que la précieuse poussière arrive à bon port. Avec la complicité du vent.

Merciale annuelle, pied femelle / Un jardin dans le Marais poitevin.

Photo Fernand ©

 

Le retour des fers de lance

Arum sauvage / Un jardin dans le Marais poitevin.

Puisque l’Arum sauvage vient là spontanément, autant profiter du spectacle. Mais gare à l’invasion des fers de lance !

Arum sauvage / Un jardin dans le Marais poitevin.Il ne pousse plus rien en hiver ? Allons donc ! C’est la pleine saison de l’Arum sauvage. Alias le Gouet d’Italie. Les épis de ses baies rouge-orangé à peine disparus, dispersés par les oiseaux, place désormais à son superbe feuillage sagitté. Il émerge un peu partout actuellement au bord du halage, jusque dans les haies et sous les peupliers du jardin.

Veinés de blanc-crème, les amples fers de lance persisteront jusqu’en été. L’Arum sauvage abandonnera alors son feuillage pour se concentrer sur son inflorescence. Mais celle-ci, avec ses effluves nauséabonds, propres à piéger les mouches, tient davantage de la curiosité botanique que du massif fleuri… Finalement, c’est bien en hiver que les vigoureuses touffes du Gouet d’Italie sont les plus réjouissantes. Profitons-en. Elles n’ont qu’un seul défaut. C’est d’être vite invasives.

Arum sauvage / Un jardin dans le Marais poitevin.

En fin de printemps, le feuillage perd de sa superbe et finit par disparaître. Se développe alors une spathe en cornet, jaune pâle à verdâtre, à la base duquel se trouve le « piège à mouches ».

Attirées par une odeur d’excréments, les mouches pénètrent dans le réceptacle à la base la la spathe. Elles n’y trouvent rien mais ne peuvent plus sortir. Les cils qui les retiennent prisonnières ne flétriront qu’une fois la fécondation assurée. Il est vrai qu’ à force de tourner en rond et de se démener, les mouches ont tôt fait de disperser le pollen…

Fin d’été, début de l’automne : feuillage et spathe ont entièrement disparu. D’abord vertes, en hauts épis serrés, les graines passent progressivement à l’orange puis au rouge vif.

En savoir plus : 

  • Guide des fleurs sauvages, Richard Fitter, Alaster Fitter et Marjorie Blamey, 2009, Delachaux & Niestlé
  • Fleurs sauvages, guide nature, collectif, 2022, La Salamandre.
  • Orchidées de Poitou-Charentes et Vendée, Jean-Claude Guérin, Jean-Michel Mathé, André Merlet, Maryvonne Lorgeré, 1995, Éd. Méloé.
  • Avec l’herbier numérique du site flore-en-ligne.fr
  • Avec le site sauvagesdupoitou.com

Photos JF Irastorza 

 

Le Yalta de la vieille souche

Tramète versicolore / Un jardin dans le Marais poitevin.

Champignons et bois mort : à chacun sa part pour ces deux-là qui semblent avoir pactisé pour ne pas se marcher sur les pieds.

Hypholome en touffe / Un jardin dans le Marais poitevin.Dans un coin de la prairie voisine, deux colonies de champignons se partagent la décomposition d’une souche de peuplier. D’un côté, les touffes jaune-ocre de l’Hypholome. De l’autre, les cascades brunes, ourlées de blanc-crème, de la Tramète.

De loin, la première évoque la savoureuse Pholiote du peuplier. Mais la couleur souffre des lamelles et une Champignons et bois mort / Un jardin dans le Marais poitevin.odeur peu amène douchent vite la perspective d’omelette. Dommage. Car la récolte aurait été belle tant sont denses les paquets mamelonnés ancrés dans les anfractuosités du bois mort.

Dans une sorte de Yalta silencieux, les deux colonies semblent être convenues d’une frontière vers laquelle elles avancent inexorablement leurs troupes. Le sort de la vieille souche est scellé. Le moment venu, il reviendra aux insectes xylophages puis in fine à la Xylaire de terminer le travail.

Champignons et bois mort : l'hypholome en touffe / Un jardin dans le Marais poitevin.

Photos Fernand ©