Les yeux verts de l’Aurore

Aurore, mâle, au repos sur une feuille de ronde / Un jardin dans le Marais poitevin.

Dans la famille des Piérides, l’Aurore se distingue entre toutes. Et pas seulement par les taches jaune-orangé de ces messieurs !

Envergure maxi : 43 mm. Visible de février-mars à juillet. Ici la femelle et ses « boomerangs » noirs sur fond blanc à l’apex des antérieures.

Comme un lever de soleil à la pointe des ailes. La petite Aurore mérite bien son nom. Le mâle du moins puisque l’avers des ailes de la femelle, plus sobre, est presqu’immaculé. Seuls s’y détachent, sur fond blanc, une demi-lune et un « boomerang » noirs aux antérieures, ainsi qu’une légère marbrure grise aux postérieures.

L’un et l’autre ont surtout en commun un superbe réseau de lignes et de taches vertes au revers de leurs ailes postérieures. Avec d’étonnants yeux verts assortis !

L’Aurore est familière du Marais poitevin dont elle fréquente les prairies humides dès les premières belles journées de février. Jusqu’en début d’été. Sa prédilection pour la Cardamine des prés a inspiré son nom scientifique. Anthocharis cardamines. 

En vol, Madame est assez difficile à repérer. On peut la confondre avec ses cousines, certes un peu plus grosses, la Piéride de la rave et celle du navet. Cela dit, en cette saison, pour faire la différence, Monsieur et ses pointes orangées ne sont jamais loin derrière !

Au fil des printemps 

Aurore, mâle, au repos sur une haie du jardin / Un jardin dans le Marais poitevin.

L’impressionnante et superbe marbrure verte au revers des ailes du mâle comme de la femelle.

Mâle en pause au bord d’une haie.

Mâle sur la plante fétiche de l’espèce, la Cardamine des près.

Aurore mâle sur Lychnis fleur de coucou / Un jardin dans le Marais poitevin.

Début mai 2019. Mâle sur fleur de Lychnis.

Sur inflorescence de phacélie.

Au rendez-vous de la  Jacinthe d’Espagne.

Pour varier les plaisirs, outre le Lychnis et la Cardamine, l’Aurore ne dédaigne pas les petites crucifères blanche de l’Herbe à l’ail.

Des yeux verts mouchetés de noir pour la petite Aurore. Au diapason de la marbrure verte et noire du revers des ailes.

Quelques pauses revigorantes sur la Cardamine des prés pour reprendre encore et toujours ses allées et venues en quête de femelle.

Au flanc d’u n talus, sur les petite fleurs étoilées du Grémil bleu-pourpre.

Décidément, le Lychnis fleur de coucou est irrésistible !

Parade nuptiale dans le feuillage du cornouiller sanguin.

Femelle sur moutarde blanche.

En savoir plus : 

  • Guide pratique des papillons de jour, 2022, Moussus, Lorin et Cooper, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • La famille des piérides avec le site aramel.free.fr
  • L’Aurore avec le site Galerie-insecte.org
  • L’Aurore avec le site quelestcetanimal.com

Photos JF Irastorza

 

L’Anthophore à pattes plumeuses

Anthophore plumeuse, mâle, longues soies plumeuses sur les pattes médianes / Un jardin dans le Marais poitevin.Ce n’est pas à sa fourrure mais aux longues soies des pattes médianes, apanage de Monsieur, que l’Anthophore plumeuse doit son qualificatif.

Anthophore plumeuse sur fleur de romarin / Un jardin dans le Marais poitevin.

Taille maxi : 16 mm. Visible de mars à juin.

S’il fallait désigner la « chouchou » du jardin, ce serait assurément l’Anthophore à pattes plumeuses (Anthophora plumipes). D’abord parce que la solide abeille sauvage est une butineuse hors pair. Elle était déjà là fin février et, depuis, elle n’arrête jamais. Par tous les temps.

Et comment résister au charme de cette petite peluche ? Son abondante fourrure, jusque sur la face, mêle blanc crème, gris cendré, fauve et brun roux. Trapue, avec ses petits yeux noirs, luisants, elle ne manque pas d’allure.

Et quelle vivacité… C’est peut-être le seul défaut de l’Anthophore à pattes plumeuses. Du moins au regard du photographe. Difficile en effet de la suivre. Dans ses brusques allées et venues naturellement. Mais aussi lorsqu’elle butine. On la voit partout, sur le romarin, les fruitiers, la phacélie, les fleurs sauvages, les arbustes d’ornement, les primevères et les violettes, La « stakhano » n’a pas de temps à perdre. Elle prépare donc sa très longue langue avant même d’arriver sur la fleur. Droit au but. C’est l’affaire deux à trois secondes. Et vite à la suivante.

Omniprésente dans le cortège des arbres bruiteurs, du cerisier…

… aux pommiers ! On voit bien ici les longues soies des pattes médianes de ce mâle.

Pas si fréquent de pouvoir approcher une Anthophore pendant son bain de soleil !

Heureusement, il y a les fleurs sauvages au sortir de l’hiver pour l’accueillir. Ici le Lamier pourpre.

Sur la généreuse floraison de la bourrache.

Sur un épi de Bugle rampante.

Au pied des haies, à l’appel du Grémil bleu-pourpre.

Dans les allées du jardin, sur les inflorescences du Trèfle du prés.

Chaque début mars, les premières Anthophores plumeuses (mâles) ne manquent pas le rendez-vous du romarin. Deux à trois secondes par fleur suffisent avec pareille langue !

Et voilà Madame ! 

Pas de pattes médianes frangées de longues soies pour la femelle mais une brosse de collecte aux postérieures.

Le plus souvent, la brosse de collecte est à l’unisson de la fourrure brun-gris de l’anthophore…

… avec une variante rouge-orangée, plus rare, du moins en Poitou. Ici sur la Consoude officinale.

Gare à l’abeille-coucou !

Dominante noire, mèches blanches sur les pattes et les flancs : la Mélecte commune, abeille-coucou attitrée de l’Anthophore à pattes plumeuses. Ici sur le Grémil pourpre bleu.

La noire Mélecte fréquente les mêmes sites de butinage que sa cible. Instinctivement, l’anthophore sent bien que cela ne présage rien de bon. Elle lui fait donc la chasse. Elle se présente ainsi en vol stationnaire à quelques centimètres. Si l’intimidation ne suffit pas, elle fonce et la percute pour la faire déguerpir !

En savoir plus :

  • Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, Bellmann, 2019, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, JF Irastorza, 2026, La Geste éditions.
  • L’Anthophore à pattes plumeuses avec le site quelestcetanimal.com
  • Les anthophores avec le site aramel.free.fr

 Photos JF Irastorza 

 

L’Éristale bronzé

Petit éristale bronzé sur Véronique de Perse.

Parmi les premiers butineurs de l’hiver finissant, familier des zones humides, le petit Éristale bronzé fréquentera le jardin jusqu’en automne.

Petit éristale bronzé sur Véronique de Perse.

Taille maxi : 9 mm. Visible de mars à novembre.

Sa petite taille (moins d’un centimètre) et sa dominante foncée en font un hôte très discret du jardin. Et pourtant, en plusieurs générations successives, l’Éristale bronzé (Eristalinus aeneus) y compte parmi les butineurs les plus actifs et assidus. De la fin février jusqu’en novembre.

Mâles et femelles viennent d’émerger. Ils ont passé l’hiver calfeutrés au creux d’une haie ou sous une litière de feuilles mortes. Comme souvent chez les mouches éristales, leurs larves amphibies participeront bientôt à l’épuration des eaux plus ou moins fangeuses dont elles filtrent les matières organiques.

À vrai dire, on y prêterait guère attention sans ces grands yeux si particuliers. Jointifs en l’occurence chez le mâle, jaune clair, très finement velus sur le dessus, ils apparaissent constellés de minuscules points brun rougeâtre. 

En attendant l’abondance du printemps, l’Éristale bronzé jette ici son dévolu sur des fleurs à sa mesure. Les petites corolles bleues de la Véronique de Perse. Entre deux virées sur le Laurier tin.

En fin d’hiver

Petit éristale bronzé sur Véronique de Perse.

Fin février : les corolles de la Véronique donne l’échelle du petit éristale !

Début mars. Sur le Laurier tin. Les bandes thoraciques sont ici entièrement estompées.

Au printemps

Mi avril, sur la Sarriette en fleurs. Une dominante sombre, aux reflets bronze, parfois cuivrés, avec de fines bandes beiges sur le thorax.

En automne

Fin septembre, sur les capitules jaunes du Bident feuillé. Ici une femelle aux yeux disjoints.

En savoir plus : 

Photos JF Irastorza