L’Hibernie défeuillante

Hibernie défeuillante, chenille sur feuille de rosier.

Avec un nom pareil, l’Hibernie défeuillante s’est taillée une sacrée réputation. Mais avouez qu’elle est belle !

Hibernie défeuillante, chenille sur feuille de rosier.

Longueur de la chenille : 32 mm. Visible au printemps dans les haies, jardins et vergers.

Six vraies pattes à l’avant, deux paires de fausses à l’arrière. Comme tous les membres de la famille des géomètres, la chenille de l’Hibernie défeuillante (Erannis defoliara) se reconnaît à sa manière d’arpenter le feuillage. Avec une attitude spécifique d’orante (tête et première paire de pattes relevées) lorsqu’elle s’immobilise.

Son décor vivement coloré la rend incomparable : tête et dessus du corps orangés, large bande latérale ondoyante jaune avec liseré noir et taches orangées pointées de blanc. Comme souvent chez les phalènes, en cas de danger, ou simplement pour faire une pause, elle se met en « mode brindille », tendue et immobile, pour « disparaître » aux yeux des prédateurs.

Éclectique, elle affectionne notamment rosier, aubépine, chèvrefeuille, saule, groseillier… Elle est certes dite « défeuillante » mais pas de panique au jardin tant qu’elle est, comme ici, isolée. Les dégâts viennent avec un éventuel surnombre. Reste alors la collecte. Aucun danger dans la manipulation. Ni piquante, ni urticante. Elle est facile à « cueillir ». Par ici la sortie ! Une haie voisine fera très bien l’affaire.

Hibernie défeuillante, chenille sur tiges de rosier.

La chenille émerge en avril. Elle s’enterrera fin mai, début juin, pour devenir chrysalide et n’éclore qu’en automne. Le discret petit papillon de nuit s’accouplera en hiver. Fort heureusement, déposés dans une crevasse d’écorce, les oeufs résisteront au gel !

En savoir plus : 

  • Hétérocères diurnes, 2020, Rainer Ulrich, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • La famille des géométrides, les chenilles arpenteuses, sur le site aramel.free.fr

Photos JF Irastorza

 

La Phalène picotée

Phalène picotée, mâle.

Des points par milliers, pêle-mêle ou rassemblés en épaisses lignes concentriques : sur fond doré pour Monsieur Phalène picotée. Argenté pour madame.

Envergure maxi : 35 mm. Visible d’avril à septembre.

Il suffit de se promener actuellement dans une prairie pour l’apercevoir voleter au-dessus des (déjà) hautes herbes. La Phalène picotée (Ematurga atomaria) démarre in extremis, presque sous vos pas, pour aller se cacher un peu plus loin. Plutôt au ras du sol, à l’arrière d’une feuille de rumex ou sous le couvert d’une touffe de graminée.

Il ou elle ? Une fois n’est pas coutume, les deux sexes sont faciles à distinguer. Monsieur présente ainsi une livrée dorée, piquetée de brun et parcouru d’ondes transversales brunes. Il arbore surtout de superbes antennes en forme de peigne. Madame est plus sobre. Même décor ondoyant et moucheté sur un fond plutôt argenté. Et des antennes simplement filiformes.

Très fréquente en cette saison, la Phalène picotée passe parfois par le jardin. Y compris le jour. Aucun risque pour le potager. Ses chenilles préfèrent la végétation des champs. En particulier le lotier.

Phalène picotée, femelle.

Les antennes de la femelle sont filiformes. Et, pour un décor ondoyant et moucheté comparable, sa couleur de fond est grisâtre. Voire argentée. Surtout aux antérieures. Les deux sexes présentent la même frange alternativement claire et sombre.

Femelle en dégustation sur une fleur de Bugle rampante.

Réputée « de nuit », la Phalène picotée se rencontre aisément aussi le jour. Dérangée, elle volète pour aller se réfugier dans la végétation basse de la prairie ou derrière une feuille au pied d’une haie. Il s’agit ici d’un mâle aux antennes caractéristiques.

Géomètre à barreaux.

Un cousin, le Géomètre à barreaux, également familier des prairies alentour. Et parfois du jardin..

En savoir plus : 

  • Hétérocères diurnes, 2020, Rainer Ulrich, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, 2026, JF Irastorza, La Geste éditions.
  • La famille des phalènes avec le site aramel.free.fr

Photos JF Irastorza

 

Le Cerfeuil sauvage

Cerfeuil sauvage et Éristale des arbustes.

Les ombelles du Cerfeuil sauvage sont arrivées. Pour quelques semaines. Modestes autant qu’irrésistibles. Surtout auprès des syrphes.

Cerfeuil sauvage et Éristale des fleurs.C’est la pleine saison du Cerfeuil sauvage, alias le Cerfeuil des bois (Anthriscus sylvestris), aux bords des chemins et le long du halage. La première ombellifère du printemps. Il n’a certes pas la prestance de la Grande berce. Ni l’enivrant parfum de la Reine des prés. Mais quel succès auprès des butineurs !

Nectar et pollen sont en effet très faciles d’accès. L’Éristale horticole, ici, comme sa cousine l’Éristale des fleurs, y ont leurs habitudes. Et, à l’occasion, même le grand Machaon ne résiste pas à la tentation. Quand à la Punaise Arlequin, elle est là un peu chez elle. Parfois en importantes colonies, elle est notamment très friande de la sève du cerfeuil. Et plus encore, bientôt, de ses petites graines encore vertes.

Pour l’heure, à défaut d’être très dense, la floraison laiteuse fait ce qu’elle peut pour retenir l’attention. Chaque inflorescence est subdivisée en une quinzaine d’ombellules satellites, chacune portant une dizaine de petites fleurs. Et, pour faire bonne mesure, les pétales périphériques sont deux fois plus grosses !

Dans le cortège du Cerfeuil sauvage

Cerfeuil sauvage et Machaon.

En cette fin avril, rien de tel que le grand et majestueux Machaon pour mettre en valeur les modestes ombelles du Cerfeuil des bois !

La petite Carte de géographie (première génération) n’est pas en reste !

Une allure de guêpe pour un bel auxiliaire du potager : les larves du Chrysotoxe prudent y font la chasse aux pucerons des racines !

Longue dégustation de nectar pour Monsieur Syrphe porte-plume.

Si la Pompile sp. chasse ordinairement les araignées pour nourrir ses larves, la petite guêpe noire et rouge butine pour son propre compte, notamment sur les ombellifères.

Une autre petite tenthrède amatrice de nectar, la Tenthrède de la ronce.

Parmi les coléoptères familiers du Cerfeuil des bois, le Drap mortuaire, encore en partie pourvu ici de sa toison juvénile.

Cerfeuil sauvage et Punaise arlequin.

Le Graphosome italien, alias la Punaise arlequin ne boude pas nectar et pollen mais, essentiellement piqueuse suceuse, elle restera fidèle au Cerfeuil sauvage quand la floraison sera passée. Elle est effet friande de sève…

… et se délecte le moment venu des graines encore vertes de l’ombellifère.

Pas fou le Xystique crêté (Xysticus cristatus) ! Comme toutes les araignées crabes, il sait choisir ses postes d’affût. Les ombelles du Cerfeuil des bois sont idéales pour capturer une punaise arlequin.

Les jeunes feuilles se forment dès la fin de l’automne et patientent tout l’hiver au pied des haies. Les hautes tiges florales s’élancent en avril-mai.

En savoir plus : 

  • Guide des fleurs sauvages, Richard Fitter, Alaster Fitter et Marjorie Blamey, 2009, Delachaux & Niestlé
  • Fleurs sauvages, guide nature, collectif, 2022, La Salamandre.
  • Orchidées de Poitou-Charentes et Vendée, Jean-Claude Guérin, Jean-Michel Mathé, André Merlet, Maryvonne Lorgeré, 1995, Éd. Méloé.
  • Avec l’herbier numérique du site flore-en-ligne.fr
  • Avec le site sauvagesdupoitou.com

Photos JF Irastorza