La Sauge des prés

La sauge des prés : deux étamines surmontés d'un style débordant, protégés par la lèvre supérieure aux allures de faucille / Un jardin dans le Marais poitevin.

Moins aromatique que sa cousine officinale, la Sauge commune, dite des prés, retient surtout l’attention par son abondante floraison.

Ce n’est pas vraiment une maraîchine ! La Sauge des prés (Salvia pratensis) s’élève ici sur le halage de la Sèvre niortaise près de Coulon. Certes. Mais aux confins de la plaine calcaire, dont elle est familière et qui vient mourir là en pente douce au bord du marais.

Les rosettes de son feuillage gaufré restent plaquées au sol. Modestes, elles laissent la vedette à de spectaculaires épis. Ainsi, autour de solides hampes ramifiées, une multitude de fleurs à deux lèvres, amples mais étroites, s’ordonnent en de ravissantes couronnes échelonnées. D’un bleu violacé intense.

Sans surprise, la lèvre inférieure joue le rôle de piste d’atterrissage pour les insectes. La lèvre supérieure est plus originale. Concave, avec une allure de faucille, elle abrite deux étamines. Abeilles et bourdons les libéreront et se frotteront aux petits sacs de pollen en forçant le passage vers le tube nectarifère. A chaque va et vient, un peu de précieuse poussière se déposera alors sur le frêle style blanchâtre dont la pointe bifide violacée déborde largement. Juste au-dessus.

On trouve parfois la Sauge des prés en jardinerie, comme le Lychnis fleur de coucou, pour donner un air champêtre aux massifs et platebandes. Sinon, actuellement et jusqu’au début de l’été, on peut l’admirer un peu partout au bord des chemins. Et même des routes.

En savoir plus sur la Sauge des prés avec le site abiris.snv.jussieu.fr

 

Une sauvageonne si raffinée

Bourdon sur fleurs de Morelle douce-amère / Un jardin dans le Marais poitevin.

De longues tiges rameuses, un feuillage joliment trilobé et d’éclatantes petites fleurs étoilées : elle court, elle court, la Morelle douce-amère…

Inflorescence et feuille trilobée de la Morelle douce-amère / Un jardin dans le Marais poitevin.Elle n’a certes pas la hardiesse du houblon dans l’art de l’escalade. Mais elle grimpe comme elle peut. Dans les haies comme au bord du halage. En prenant appui sur une ronce ou une grande ombellifère. En s’enroulant autant d’un tronc. Sinon, la Morelle douce-amère rampe et étale ses tiges rameuses sur la berge.

Les baies de la Morelle douce-amère en hiver / Un jardin dans le Marais poitevin.Ses superbes petites fleurs violettes, auréolées de petites taches vertes et blanches, ont un certain succès auprès des pollinisateurs. D’abord épanouis en fines et élégantes étoiles, les cinq pétales se retournent bientôt vers l’arrière. Comme pour mieux mettre en avant l’essentiel : les sacs de pollen jaune vif, réunis en un manchon saillant d’où émerge un fin style blanc-verdâtre.

La Morelle douce-amère produira ainsi de belles grappes de petites baies vertes puis rouge orangé qui régaleront des oiseaux l’hiver prochain. Car il faudra attendre leur pleine maturité, mieux encore une bonne gelée, pour qu’elles perdent leur toxicité. Mais attention, si les oiseaux s’en délectent, la morelle est toxique pour l’homme. Pour les confitures, il faudra trouver autre chose. Les baies de l’églantier par exemple.

La Morelle douce-amère fleurit jusqu’au bout de l’automne. Butinée ici par la Rhingie champêtre, fin octobre 2020.

Fleurs étoilées de la Morelle douce-amère / Un jardin dans le Marais poitevin.

Ses longues lianes ne manquent pas de supports en bordure de Sèvre niortaise. Familier du Marais poitevin, plus coureur encore que la Morelle, le houblon sauvage envahit aulnes et frênes, passe d’un arbre à l’autre, se laisse parfois aller à courir sur les berges. C’est, avec l’ortie, une des principales plantes hôtes du Paon du jour.

En savoir plus : 

  • Guide des fleurs sauvages, Richard Fitter, Alaster Fitter et Marjorie Blamey, 2009, Delachaux & Niestlé
  • Fleurs sauvages, guide nature, collectif, 2022, La Salamandre.
  • Orchidées de Poitou-Charentes et Vendée, Jean-Claude Guérin, Jean-Michel Mathé, André Merlet, Maryvonne Lorgeré, 1995, Éd. Méloé.
  • Avec l’herbier numérique du site flore-en-ligne.fr
  • Avec le site sauvagesdupoitou.com

Photos JF Irastorza 

 

Le Lychnis fleur de coucou

Aurore mâle sur Lychnis fleur de coucou / Un jardin dans le Marais poitevin.

Spectaculaire et gracile à la fois : les pollinisateurs tombent sous le charme du Lychnis fleur de coucou dans les prairies humides du marais.

Grand bombyle sur Lychnis fleur de coucou / Un jardin dans le Marais poitevin.C’est un cousin du Silène latifolia, alias le Compagnon blanc des pieds de haie. Le Lychnis fleur de coucou fait allusion à l’oiseau squatter de nid dont les premiers chants saluent la floraison printanière. Avouons que, de ce point de vue, c’est un peu abusivement que la Primevère officinale, plus précoce, lui a chipé le sobriquet. Surtout cette année.

Légère et aérienne, la colonie voisine ici avec l’Orchis incarnat dans l’ancienne prairie humide devenue peupleraie. A deux pas du jardin. Rose vif veiné de pourpre, ses ravissantes corolles se signalent de loin. Même si leurs cinq pétales se réduisent à quelques fines lanières.

Certaines versions horticoles sont disponibles sur le marché. Il est vrai que la rusticité du Lychnis fleur de coucou, sa facilité à se ressemer aussi, plaident pour une contribution aux massifs fleuris d’allure sauvage. Pour peu que le sol y soit suffisamment humide et bien ensoleillé.

En savoir plus sur la « fleur de coucou » avec le site abiris.snv.jussieu.fr

Aurore mâle sur Lychnis fleur de coucou / Un jardin dans le Marais poitevin.

Comme leur petite cousine Aurore, les différentes Piérides ne résistent pas au nectar du Lychnis.

La nuit comme le jour avec la Goutte d’argent, une Noctuelle remarquable par la tache blanche qui orne ses ailes antérieures.

Le petit Bourdon des prés engoufré dans le calice. Ici un mâle déjà émergé en avril !

Les coléoptères aussi ! Ici avec le Cardinal à tête rouge.

Début mai 2022. La petite Rhingie champêtre et son drôle de « nez » ne résiste pas au charme dépenaillé du Lychnis fleur de coucou.