La Moutarde blanche

Moutarde blanche et tircis.

Entre deux cultures potagères, la Moutarde blanche décompacte, assainit et nourrit le sol. Tout en régalant les butineurs du jardin !

Moutarde blanche et Manteau pâle.

Le discret Manteau pâle enveloppé dans son fourreau gris cendré.

C’est l’avantage d’un (relativement) grand jardin. On peut donner un peu de répit à la terre entre deux cultures. Ainsi, après la récolte des gourmandes pommes de terre en début d’été, viendra cet automne le tour des épinards et de la mâche. 

En attendanrt, pas question de livrer ladite planche nue au lessivage des pluies d’orage. Ni au développement spontané des adventices. Place donc à la Moutarde blanche (Sinapis alba). Un excellent engrais vert. Mais pas que.

Il y a quelque chose de magique dans la levée et la croissance rapides de ce couvert estival, boosté il est vrai cette année par les averses de la fin juillet. Jaune tendre, la dense floraison crucifère ne tarde alors pas. Papillons, syrphes, abeilles… Et voilà un nouveau pôle d’attraction au jardin pour les butineurs de tous poils !

À ce rythme-là, il faudra prendre garde à l’explosion et la dispersion des graines. Ainsi, avant la lignification des tiges et le mûrissement des petites gousses vertes, il sera temps de broyer et d’enfouir. Mine de rien, sur un sol décompacté et enrichi en azote, les premières pluies d’automne pourront d’autant mieux saluer les semis d’épinard et de mâche.

Quelques commensaux de la Moutarde blanche

Moutarde blanche et Syrphe ceinturé.

Il est de toutes les fleurs en toutes saisons : le Syrphe ceinturé.

Moutarde blanche et Syrphe des arbustes.

L’Éristale des arbustes. On voit bien ici une de ses caractéristiques : le premier article des tarses arrière aussi large que le tibia.

Monsieur Syrphe porte-plume et son abdomen cylindrique dressé.

L’Hélophile à bandes grises : outre les rayures de son thorax, quatre larges taches jaunes et un grand W gris à la pointe de l’abdomen.

La Sésie du groseillier et ses étroites ailes hyalines.

L’Andrène agile est parfois appelée l’Andrène des crucifères.

Sans oublier les abeilles domestiques naturellement. Même si, en cette saison, elles préfèrent le Trèfle blanc des allées.

Agrion élégant. Femelle immature. Rien de tel qu’une planche de Moutarde blanche quand on chasse les petits insectes en tous genres !

En savoir plus :

Photos JF Irastorza 

 

La Tenthrède du rosier

Tenthrède du rosier, femelle, ponte sur jeune pousse de rosier.

Une cicatrice sur une jeune pousse de rosier ? Madame Tenthrède du rosier est passée par là pour l’inciser et y pondre ses oeufs…

Tenthrède du rosier, femelle, ponte sur jeune pousse de rosier.

Taille maxi : 10 mm. Visible de juin à août.

C’est peu dire qu’elle ressemble à sa cousine, la Tenthrède de la ronce. Même silhouette noire-jaune ramassée, même petite tête aux solides antennes le plus souvent relevées, même thorax aux reflets bleutés creusé de sillons épais… Mais les pattes de la Tenthrède du rosier (Arge pagana) sont entièrement noires. Et ses ailes fortement fumées.

La différence vient surtout de l’abdomen, jaune vif plus qu’orangé, y compris le fourreau de l’ovipositeur de la femelle surprise ici en pleine ponte. Elle vient de commencer l’incision d’une jeune pousse de rosier pour y déposer ses oeufs. 

Une heure plus tard, elle semble ne pas avoir bouger. Voire. Car, à bien y regarder, l’incision a progressé de près d’un centimètre. C’est que, chez les Tenthrèdes, on ne pond pas à la va-vite ! D’autant qu’au fur et à mesure, une sécrétion blanchâtre vient colmater l’entaille. Les oeufs seront ainsi à l’abri le temps de l’incubation… Il en naitra les fameuses (et redoutables) pseudo-chenilles qui ne laisseront du feuillage que pétioles et nervures. Si on les laisse faire !

Tenthèdre du rosier, femelle en ponte sur jeune pousse de rosier.

Une heure plus tard, l’incision a bien progressé. On voit bien ici la sécrétion blanchâtre qui vient colmater l’entaille au fur et à mesure de la ponte.

En début de soirée, ni vue ni connue ! Ou presque. Seule subsiste une discrète cicatrice dans l’écorce de la jeune pousse…

Une dizaine de jours plus tard. Les lèvres de la cicatrice se sont progressivement écartées, laissant apparaître la « couvée », soigneusement alignée, et, déjà, la première petite pseudo-chenille.

À l’assaut du feuillage tout aussitôt !

Début septembre. Un mois après la ponte, les pseudo-chenilles ont déjà une belle taille, la tête orangée et quelques premières taches noires sur le corps.

Fin septembre. Loin de l’invasion, voilà la seule rescapée parmi la progéniture de la Tenthrède du rosier. Sans doute faut-il remercier les prédateurs et notamment les guêpes, pas si regardantes entre chenilles et pseudo-chenilles pour nourrir leurs larves !

La cousine de la ronce

Ne pas confondre avec une proche cousine, la Tenthrède de la ronce dont l’abdomen, jaune orangé, transparait parfaitement à travers des ailes hyalines tachées de noir. À noter également les pattes jaunes.

En savoir plus : 

  • Guide photo des insectes, Heiko Bellmann, 2019, Delachaux & Niestlé.
  • La famille des Tenthrèdes avec le site aramel.free.fr
  • Les pseudo-chenilles de la Tenthrède du rosier avec le site insectes-net.fr

Photos JF Irastorza 

L’Anthidie sept-épines

Anthidie sept-épines, accouplement sur épi d'Épiaire des marais.

L’histoire a beau se passer sur un épi d’Épiaire, Monsieur Anthidie sept-épines ne prend guère le temps de compter fleurette à Madame !

Taille maxi : 14 mm (mâle). Visible d’avril à juillet.

Autour de cette station d’Épiaire des marais, à quelques pas du halage, Monsieur Anthidie sept-épines (Anthidie septemspinosum) patrouille inlassablement. Concurrents et intrus sont brutalement chassés. Et gare aux fameuses épines s’ils insistent ! Elles arment la pointe de l’abdomen pour mieux lacérer les importuns…

Pas d’épines pour Madame. Plus petite, on la distingue facilement à sa brosse ventrale blanche collectrice de pollen. Et tandis que ces messieurs paradent et se chamaillent, elle butine consciencieusement. 

Évidemment, lorsqu’elle entre sur le territoire de Monsieur, elle ne craint pas d’être chassée. Mais l’accueil est tout aussi brutal. Pas le genre à badiner. Il fond ainsi sur elle. Aussitôt et sans ambages. La tête dans une corolle, elle n’a rien vu venir.  La furtive affaire dure quelques secondes. Puis elle reprend son butinage. Et lui ses patrouilles. La nature manque parfois de romantisme.

Monsieur endormi, accroché à une tige sèche par la seule force de ses mandibules. On devine ici (un peu) ses épines abdominales. Trois au centre et deux, plus petites, de part et d’autre. Il ne s’agit pas de dards mais plutôt de « griffes » avec lesquelles  l’Anthidie tente de lacérer ses  adversaires. Soit à la volée, soit dans de furieux corps à corps. Rassurez-vous, Monsieur ne s’attaque qu’à ses concurrents mâles. Jamais à l’homme qui, même très près, muni d’un appareil photo, l’indiffère complètement !

Sans préliminaires ! 

Anthidie sept-épines, femelle et mâle.

Madame vient d’engouffrer la tête dans une corolle. Monsieur l’a repérée et fond brutalement sur elle. Les deux sexes ont en commun les taches jaunes abdominales. Elles vont par paires avec un écartement qui va s’amenuisant d’avant vers l’arrière, formant ainsi un grand V sur fond noir.

Reconnaissable au clypéus jaune, le mâle est d’une taille plus imposante que la femelle. Prise par surprise, celle-ci a gardé la tête enfournée dans la corolle.

Anthidie septemspinosum, accouplement / Un jardin dans le Marais poitevin.

Pas davantage que l’Épiaire des marais, la Salicaire officinale n’adoucit pas les moeurs des mâles aux sept épines !

En savoir plus : 

  • Abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, Bellmann, 2019, Delachaux & Niestlé.
  • Insectes du jardin, JF Irastorza, 2026, La Geste éditions.
  • Abeilles sauvages, Boyer, 2015, Ulmer.
  • Découvrir et protéger nos abeilles sauvages, Vereecken, 2018, Glénat.
  • La famille des anthidies avec le site aramel.free.fr

Photos JF Irastorza